Le cœur de l’automobile de l’Allemagne traverse une zone de turbulence
Longtemps symbole de l’excellence manufacturière allemande, la région de Bade-Wurtemberg fait face à un ralentissement brutal. Cette région du sud-ouest, berceau de Mercedes-Benz et de Porsche, subit de plein fouet la crise structurelle qui frappe l’industrie automobile européenne. À Moessingen, au sud de Stuttgart, le petit équipementier Dostech en est un exemple révélateur. Spécialisée dans les technologies d’étanchéité, l’entreprise avait misé dès 2018 sur l’électrification, portée par la vague de projets liés aux véhicules électriques. Croissance rapide, nouveaux investissements, acquisition d’un siège social : le pari semblait gagnant. Aujourd’hui, les commandes liées à l’automobile reculent, des postes ont été supprimés et les investissements sont gelés.
Un modèle industriel sous pression
Le Bade-Wurtemberg représente 16 % des exportations allemandes et l’industrie manufacturière pèse 38,1 % de sa valeur ajoutée brute — bien au-dessus de la moyenne nationale (28,5 %). Mais la région est particulièrement exposée aux bouleversements actuels avec une concurrence accrue de la Chine, une transition électrique plus lente et inégale que prévu, une hausse des coûts énergétiques et salariaux et des droits de douane américains pénalisant les exportateurs. En 2024, l’économie régionale s’est contractée de 0,4 %, davantage que le recul national de 0,2 %. Les indicateurs suggèrent un nouveau repli.
Effet domino chez les fournisseurs
Les difficultés des constructeurs se répercutent sur tout l’écosystème. Les procédures d’insolvabilité ont grimpé à 2 445 en 2024, en hausse de 30 %, un sommet depuis 2010. L’organisation patronale des PME allemandes évoque un « effet domino » : la crise des industries phares s’infiltre lentement dans l’ensemble du tissu économique. Le taux de chômage régional demeure inférieur à la moyenne allemande, mais il est passé de 3,9 % en janvier 2023 à 4,8 % en janvier 2026. Plusieurs entreprises conservent leurs employés malgré la baisse d’activité, par crainte de pénuries futures de main-d’œuvre qualifiée.
L’électrification, pari coûteux
Les fournisseurs ont massivement investi dans l’électromobilité. Or, la demande ne suit pas toujours le rythme prévu, ce qui met les bilans financiers sous pression. Le puissant syndicat IG Metall multiplie les négociations pour réduire les heures de travail et préserver les emplois, alors que des milliers de postes liés à l’automobile pourraient disparaître d’ici 2030. Cette crise frappe autant les grandes villes industrielles comme Stuttgart que les petites municipalités, où la fermeture ou la réduction d’activité d’un fournisseur peut fragiliser les finances locales.
Des poches de croissance… mais asymétriques
Tout n’est pas sombre. Le Bade-Wurtemberg demeure un pôle majeur d’innovation : plus du quart des dépenses totales en recherche et développement de l’Allemagne y sont concentrées. Les investissements en R&D représentent 5,7 % du PIB régional, presque le double de la moyenne nationale. Des secteurs comme l’automatisation, la robotique, la medtech et les technologies logicielles affichent une croissance soutenue. Mais cette dynamique ne compense pas entièrement le poids historique de l’automobile.
Subventions ou restructuration ?
Le débat politique est vif à l’approche des élections régionales du 8 mars. Plusieurs économistes estiment que maintenir artificiellement en vie des entreprises par des subventions serait une erreur stratégique. Ils prônent plutôt un processus de transformation industrielle assumé, quitte à accélérer la disparition de modèles d’affaires dépassés. Le gouvernement fédéral dirigé par Friedrich Merz a approuvé un fonds d’infrastructure de 500 milliards d’euros. Sur les 100 milliards destinés aux Länder, le Bade-Wurtemberg recevra 13 milliards d’euros, dont 8,7 milliards pour les municipalités. Un montant jugé insuffisant par plusieurs experts pour combler deux décennies de retard en infrastructures numériques, routières et ferroviaires.
Une région à l’avant-garde… de la mutation allemande
Le Bade-Wurtemberg se retrouve en première ligne de la transformation industrielle allemande. Sa dépendance historique à l’automobile — jadis une force — devient aujourd’hui un facteur de vulnérabilité. La question n’est plus seulement de préserver l’héritage industriel, mais de réussir une transition rapide vers un modèle plus diversifié, plus numérique et moins dépendant d’un secteur en mutation profonde. Pour l’automobile européenne, le message est clair : même les bastions les plus solides ne sont plus à l’abri des secousses structurelles.
Avec des renseignements de Reuters
Le texte Le cœur de l’automobile de l’Allemagne traverse une zone de turbulence provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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