Le Canada a produit 64 000 véhicules de moins pendant que les usines américaines accélérent

L’industrie automobile canadienne traverse une nouvelle zone de turbulence. Alors que les usines américaines ont augmenté leur production au cours des premiers mois de l’année, les chaînes de montage canadiennes ont plutôt ralenti la cadence. Selon plusieurs observateurs du secteur, les politiques tarifaires mises en place par l’administration Trump continuent de produire des effets inattendus : elles pénalisent des véhicules fabriqués au Canada… même lorsqu’ils sont majoritairement composés de pièces américaines. Résultat : le Canada perd du terrain dans l’échiquier nord-américain de l’automobile.

Une chute importante de la production canadienne

D’après les données du Center for Automotive Research (CAR), la production automobile canadienne a reculé de 15 % entre janvier et avril 2026, comparativement à la même période l’année précédente. Concrètement, les usines canadiennes ont assemblé environ 64 000 véhicules de moins, les installations américaines ont produit 44 000 véhicules supplémentaires et la production aux États-Unis a progressé de 1,2 %. Ces résultats ont été présentés par Tyler Harp, économiste en chef du CAR, lors des traditionnels Management Briefing Seminars, tenus à Ypsilanti, au Michigan.

Des véhicules canadiens taxés comme des importations asiatiques

L’un des constats les plus étonnants concerne le traitement tarifaire réservé aux véhicules assemblés au Canada. Selon Tyler Harp, ces modèles sont soumis à des tarifs effectifs variant entre 12 % et 13 % lorsqu’ils entrent sur le marché américain. Pourtant, plusieurs d’entre eux contiennent plus de 50 % de composants fabriqués aux États-Unis. Malgré cette intégration nord-américaine, ils sont frappés par des droits comparables à ceux imposés aux véhicules provenant du Japon ou de la Corée du Sud, qui atteignent environ 15 %. Autrement dit, une voiture fabriquée en Ontario avec un moteur américain, une transmission américaine et une foule de pièces provenant des États-Unis peut être traitée presque comme si elle débarquait directement du port de Yokohama.

Une faille dans l’ACEUM

Selon Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces automobiles (Automotive Parts Manufacturers’ Association), l’origine du problème réside dans l’application des exemptions prévues par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Les pièces conformes aux règles de l’ACEUM bénéficient effectivement d’exemptions tarifaires lorsqu’elles traversent directement la frontière. Cependant, une fois intégrées dans un véhicule complet destiné aux États-Unis, cette protection ne s’applique plus automatiquement. Le paradoxe est frappant : des composants américains échappent aux tarifs lorsqu’ils circulent seuls, mais peuvent être pénalisisés une fois assemblés dans un véhicule canadien.

Des arrêts de production qui pèsent lourd

Les tarifs ne constituent toutefois pas la seule explication du recul canadien. Plusieurs événements industriels majeurs ont également réduit les volumes de production. L’usine CAMI, située à Ingersoll, en Ontario, a complètement cessé ses activités après l’abandon du fourgon commercial électrique BrightDrop. Cette décision a retiré plusieurs milliers d’unités du bilan canadien.

Toyota ralentit la cadence

L’usine ontarienne de Toyota, responsable notamment de l’assemblage du Toyota RAV4, a également connu plusieurs semaines de production réduite. La transition vers la nouvelle génération du populaire VUS compact a temporairement ralenti les opérations.

Les États-Unis gagnent des parts de marché

Malgré ces facteurs ponctuels, les chiffres révèlent un déplacement plus large de la production nord-américaine. Les véhicules assemblés aux États-Unis ont accru leur part de marché de 5,94 %. Parallèlement, l e Canada représente 45 % des pertes de parts de marché enregistrées chez les partenaires commerciaux des États-Unis. Le Canada et le Mexique réunis totalisent 69 % des pertes observées au cours des douze derniers mois. Selon Tyler Harp, les politiques tarifaires ont moins freiné les importations étrangères qu’elles n’ont redistribué les ventes et la production à l’intérieur même de l’Amérique du Nord.

Le pire reste-t-il à venir?

Les perspectives demeurent préoccupantes pour le secteur canadien. Le centre de recherche d’Automotive News souligne que plusieurs des véhicules les plus importants produits au Canada ont connu un début d’année difficile. Parmi eux :

  • le Toyota RAV4, dont les ventes ont chuté de 47,9 % durant la transition vers la nouvelle génération;
  • la Chrysler Pacifica;
  • le Honda CR-V;
  • la Honda Civic;
  • le Chevrolet Silverado.

Tous figurent parmi les piliers de l’industrie automobile canadienne.

Une industrie à la croisée des chemins

Le Canada demeure l’un des rares pays capables de concevoir, fabriquer et exporter des véhicules complets vers les plus grands marchés du monde. Toutefois, les événements récents démontrent à quel point cet équilibre est fragile. Entre des règles commerciales complexes, des décisions politiques parfois contradictoires et une transformation technologique rapide, l’industrie automobile canadienne doit désormais défendre sa compétitivité sur plusieurs fronts à la fois. Ironiquement, alors que l’ACEUM devait renforcer l’intégration nord-américaine, certains véhicules canadiens fortement « américains » se retrouvent aujourd’hui taxés presque comme des importations étrangères. Dans une industrie où chaque dollar compte, cette nuance administrative pourrait coûter très cher au Canada.

Avec des renseignements d’Automotive News

Le texte Le Canada a produit 64 000 véhicules de moins pendant que les usines américaines accélérent provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile

 

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