Deux enjeux automobiles ont fait dérailler l’entente commerciale Canada–États-Unis
Les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis ont finalement échoué le 21 août, après 18 mois de tensions et plusieurs jours de discussions intensives. Au cœur des désaccords : deux dossiers liés directement à l’industrie automobile. Selon le premier ministre canadien Mark Carney, les discussions ont achoppé notamment sur l’allègement des droits de douane pour les camionnettes de poids moyen et lourd, ainsi que sur l’élargissement de l’exemption concernant les pièces automobiles canadiennes. « Nous n’étions pas prêts à compromettre la souveraineté du Canada ni à affaiblir nos industries stratégiques », a déclaré Mark Carney aux journalistes à Ottawa le 22 août. Les négociations ont également été compliquées par les demandes américaines concernant la capacité du Canada à conclure des accords commerciaux avec d’autres pays et par des questions liées à la protection de la langue française.
Un tarif de 15 % sur les véhicules canadiens?
L’entente qui était sur la table devait permettre de réduire ou d’éliminer une partie des tarifs imposés aux véhicules des deux côtés de la frontière depuis avril 2025. C’est à ce moment que le président américain Donald Trump avait imposé un tarif de 25 % sur les véhicules fabriqués au Canada, une mesure qui contrevenait aux dispositions de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Ottawa avait riposté quelques jours plus tard avec des droits équivalents sur les véhicules américains. Les détails complets du projet d’entente n’ont jamais été rendus publics. Toutefois, plusieurs informations concordantes laissaient entendre que le taux de référence imposé aux véhicules construits au Canada aurait été ramené à environ 15 %. Sur papier, une réduction appréciable. Dans le monde automobile, toutefois, le diable — et la facture — se cachait dans les petits caractères.
Ford et GM : le problème des camionnettes lourdes
Le principal point de friction concernait l’application de cette réduction aux camionnettes de poids moyen et lourd. Selon Mark Carney, les négociateurs américains auraient insisté, dans les dernières étapes des discussions, pour limiter l’allègement tarifaire aux véhicules légers. Les camionnettes lourdes et les véhicules commerciaux auraient donc continué de subir le tarif américain nominal de 25 %. Cette disposition aurait notamment touché les Ford Super Duty qui doivent commencer prochainement à être assemblées en Ontario, ainsi que les Chevrolet Silverado HD produits à Oshawa. Pour Ottawa, le problème était évident : maintenir un tarif de 25 % sur ces véhicules aurait progressivement rendu leur production canadienne moins rentable. « Cela aurait rendu la production canadienne des deux constructeurs plus difficile à justifier économiquement au fil du temps », a expliqué M. Carney.
Une version différente à Washington
Du côté américain, le récit est toutefois différent. Des sources de la Maison-Blanche citées par Politico affirmaient que c’est le Canada qui aurait soulevé la question des camionnettes lourdes comme une demande de dernière minute, contribuant ainsi à faire éclater les négociations. Mark Carney a catégoriquement rejeté cette version. Selon lui, Ottawa n’a pas présenté de nouvelle exigence à la dernière minute, mais a simplement demandé des précisions sur les conditions proposées.
Les pièces automobiles : l’autre pomme de discorde
Le deuxième dossier automobile concernait les pièces utilisées pour fabriquer les véhicules. Les tarifs imposés par les deux pays sont officiellement établis à 25 %, mais certaines exemptions réduisent considérablement leur impact réel. Du côté américain, les pièces provenant des États-Unis et intégrées dans des véhicules fabriqués au Canada ne sont pas soumises au tarif. Comme environ la moitié des pièces utilisées dans les véhicules assemblés au Canada proviennent habituellement des États-Unis, le taux tarifaire effectif tombe autour de 12,5 %. Le régime canadien est légèrement différent. Ottawa exempte notamment les pièces provenant du Canada et du Mexique, ce qui ramène le taux effectif appliqué aux véhicules américains à environ 21,25 %.
Ottawa voulait élargir l’exemption
Durant les négociations à Washington, les représentants canadiens souhaitaient que l’exemption américaine soit élargie aux pièces fabriquées au Canada et au Mexique. Cette modification aurait eu un impact majeur sur la facture finale des véhicules canadiens exportés aux États-Unis. Si l’exemption demeurait limitée aux pièces américaines, le tarif effectif sur les véhicules canadiens aurait pu descendre à environ 7,5 % dans le cadre de l’entente envisagée. En revanche, avec une exemption élargie aux pièces canadiennes et mexicaines, le taux aurait pu être ramené à environ 3,75 %. Pour une industrie automobile qui fonctionne depuis des décennies avec une chaîne d’approvisionnement nord-américaine extrêmement intégrée, la différence est loin d’être anecdotique.
Une nouvelle escalade tarifaire
L’échec des négociations fait maintenant craindre une nouvelle escalade commerciale. Le 22 août, les États-Unis ont imposé des tarifs de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens. Ottawa a déjà annoncé son intention de riposter dollar pour dollar à compter du 8 septembre. Pour les constructeurs automobiles, cette situation est particulièrement préoccupante. Les véhicules et leurs composants traversent plusieurs fois la frontière avant d’arriver chez le concessionnaire. Chaque nouveau tarif risque donc d’ajouter une couche de coûts à une chaîne d’approvisionnement déjà extrêmement complexe. Et contrairement à une voiture neuve, une négociation commerciale ne dispose malheureusement pas d’une garantie de cinq ans.
Une industrie automobile prise entre deux feux
L’automobile aura donc joué un rôle beaucoup plus important qu’il n’y paraît dans l’échec des négociations Canada–États-Unis. Le sort des Ford Super Duty et Chevrolet Silverado HD, mais aussi celui de milliers de pièces fabriquées au Canada, illustre parfaitement la fragilité de l’industrie nord-américaine face à la multiplication des barrières tarifaires. Pour les constructeurs, les fournisseurs et les travailleurs des deux côtés de la frontière, la prochaine étape sera de déterminer combien de temps cette guerre commerciale peut encore durer avant que la facture ne commence à apparaître directement sur les véhicules.
Avec des renseignements d’Automotive News
Le texte Deux enjeux automobiles ont fait dérailler l’entente commerciale Canada–États-Unis provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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