BYD veut détrôner Toyota d’ici 2030
Pendant que plusieurs constructeurs occidentaux révisent leurs ambitions à la baisse et jonglent avec des marges bénéficiaires en recul, le patron de BYD regarde droit devant lui… vers le sommet de l’industrie automobile mondiale. Le président du constructeur chinois, Wang Chuanfu, a fixé un objectif aussi ambitieux qu’audacieux : faire de BYD le plus grand constructeur automobile de la planète d’ici 2030, devant l’intouchable Toyota. Un exploit qui exigerait plus qu’une simple bonne année. Il faudrait pratiquement doubler les ventes mondiales du groupe en moins de cinq ans.
Un objectif colossal : dépasser Toyota
Lors de l’assemblée annuelle des actionnaires tenue le 9 juin au siège social de BYD, à Shenzhen, Wang Chuanfu a dévoilé sa vision de l’avenir.
Les chiffres illustrent l’ampleur du défi.
En 2025 BYD a vendu 4,6 millions de véhicules à l’échelle mondiale, Toyota a livré 11,3 millions d’unités, établissant un nouveau record, BYD occupait le cinquième rang mondial, derrière Toyota, Volkswagen, Hyundai Motor Group et Stellantis, selon MarkLines. Pour atteindre son objectif, BYD devra donc combler un écart de près de 6,7 millions de véhicules.
Le ralentissement chinois pousse BYD à voir plus grand
Cette ambition reflète la nouvelle réalité des constructeurs chinois. Le marché intérieur demeure immense, mais il montre des signes d’essoufflement. La surcapacité de production, la faiblesse de l’économie chinoise et l’intensification de la guerre des prix limitent désormais les possibilités de croissance locale. La solution? Partir à la conquête du monde. L’Europe figure parmi les cibles prioritaires, tout comme l’Amérique du Sud, l’Asie du Sud-Est, l’Australie et le Moyen-Orient. Le Canada demeure également dans la ligne de mire de plusieurs constructeurs chinois cherchant à diversifier leurs débouchés internationaux.
Une batterie capable de changer les règles du jeu
Selon Wang Chuanfu, deux facteurs soutiennent actuellement les ventes de BYD en Chine. Le premier est la hausse des prix du pétrole provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui favorise les véhicules électrifiés. Le second pourrait avoir des conséquences encore plus importantes : la nouvelle génération de batteries au lithium-fer-phosphate (LFP) dévoilée au printemps. Cette technologie de recharge ultra-rapide permettrait de passer de 10 % à 70 % de charge en seulement cinq minutes. Si les performances observées se confirment à grande échelle, l’un des principaux irritants des véhicules électriques — le temps d’attente aux bornes — pourrait perdre beaucoup de son importance. Wang estime que cette technologie ajoutera entre 20 000 et 30 000 ventes mensuelles supplémentaires au reste de l’année.
Des technologies encore plus perturbatrices
Le dirigeant chinois ne compte toutefois pas s’arrêter là. Lors de la rencontre avec les actionnaires, il a promis l’arrivée de « technologies encore plus perturbatrices » dès l’an prochain afin de soutenir la prochaine phase de croissance de l’entreprise. Aucun détail n’a été dévoilé. Cette stratégie n’est pas sans rappeler celle de Tesla à ses débuts : maintenir une cadence soutenue d’innovations afin d’alimenter la croissance et renforcer l’image de leader technologique. La différence? BYD produit déjà plusieurs millions de véhicules par année et dispose d’une intégration verticale impressionnante, notamment dans la fabrication de batteries.
L’international devient le véritable moteur
Les ventes mondiales de véhicules électriques et hybrides rechargeables de BYD ont atteint environ 383 000 unités en mai, une légère progression après neuf mois consécutifs de ralentissement. Les cinq premiers mois de l’année demeurent toutefois difficiles, les ventes mondiales ont reculé de 20 %, à 1,4 million d’unités, les livraisons en Chine ont chuté de 24 % en mai et les ventes à l’étranger ont bondi de 80 %, dépassant 160 000 véhicules. Le contraste est frappant : la croissance de BYD provient désormais largement de l’extérieur de ses frontières. L’entreprise exporte massivement ses véhicules depuis la Chine, mais accélère également sa production locale avec des usines déjà opérationnelles en Thaïlande, en Ouzbékistan et au Brésil. Une nouvelle usine hongroise doit entrer en service cette année.
Plus de 1,5 million de ventes hors Chine
Au début de 2026, BYD visait 1,5 million de ventes internationales. Aujourd’hui, Wang Chuanfu estime que cet objectif sera dépassé. Selon lui, les résultats observés en Asie du Sud-Est, en Europe, en Amérique du Sud, en Australie et au Moyen-Orient sont particulièrement encourageants. Le dirigeant croit également que le redressement amorcé en mai se poursuivra grâce à une amélioration simultanée des ventes domestiques et internationales.
Toyota doit-elle s’inquiéter?
Toyota conserve une avance confortable. Le constructeur japonais bénéficie d’une réputation enviable, d’un réseau mondial solidement établi et d’une rentabilité supérieure à celle de plusieurs rivaux. Sa stratégie axée sur les hybrides continue également de séduire une clientèle mondiale diversifiée. Mais il serait imprudent de balayer les ambitions de BYD du revers de la main. Il y a à peine cinq ans, peu d’observateurs imaginaient qu’un constructeur chinois deviendrait le cinquième groupe automobile mondial. Aujourd’hui, BYD construit ses propres batteries, développe ses technologies à l’interne et multiplie les implantations internationales à une vitesse impressionnante. Le pari de Wang Chuanfu demeure colossal. Pourtant, dans une industrie en pleine mutation, les certitudes d’hier ont souvent une durée de vie étonnamment courte. Toyota possède toujours la couronne.
Mais BYD a clairement décidé qu’elle lui irait très bien.
Avec des renseignements d’Automotive News
Le texte BYD veut détrôner Toyota d’ici 2030 provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
Autres articles de Benoit Charette:
Merci à notre partenaire Benoit Charette pour sa contribution à Canada Motor Jobs