Mélanie Joly lie le contrat de sous-marins à une nouvelle usine automobile au Canada

Le gouvernement fédéral confirme officiellement qu’un éventuel contrat de sous-marins militaires sera conditionnel à des investissements majeurs dans l’industrie automobile canadienne. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a déclaré sans détour qu’Ottawa souhaite obtenir une usine d’assemblage automobile en contrepartie d’un contrat estimé à 12 milliards $ US — soit environ 16,4 milliards $ CA — pour la construction d’une flotte pouvant aller jusqu’à 12 sous-marins diesel destinés à la Marine royale canadienne.

Deux prétendants en lice

Les finalistes du processus sont la sud-coréenne Hanwha Ocean Co. et l’allemande ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS). Lors d’un discours prononcé au Empire Club de Toronto le 19 février, Joly a été explicite : le Canada veut tirer un maximum de retombées industrielles de ses achats militaires, notamment dans le secteur automobile. L’objectif est clair : utiliser les dépenses en défense comme levier pour attirer des investissements structurants au pays, particulièrement dans un contexte où plusieurs usines d’assemblage tournent au ralenti ou sont à l’arrêt.

Hyundai et Volkswagen dans la mire

Des sources indiquent que la stratégie fédérale inclut des pressions afin d’obtenir des engagements d’investissement de la part de Hyundai Motor Group et de Volkswagen Group. Hyundai, qui regroupe les marques Hyundai, Kia et Genesis, ne possède aucune usine d’assemblage au Canada malgré des ventes totalisant 249 028 véhicules en 2025, ce qui en fait le quatrième constructeur en importance au pays — et le plus important sans production locale. À lui seul, Hyundai Auto Canada (Hyundai et Genesis) a écoulé 154 406 unités en 2025, tandis que Kia en a vendu 94 622. Volkswagen, pour sa part, ne produit pas de véhicules au Canada, bien que sa filiale PowerCo ait lancé en 2023 un projet d’usine de cellules de batteries de 7 milliards $ US (environ 9,6 milliards $ CA) à St. Thomas, en Ontario.

Contexte difficile pour l’assemblage automobile

La stratégie d’Ottawa survient alors que plusieurs installations canadiennes subissent des compressions importantes :

  • L’usine d’assemblage de Brampton de Stellantis est à l’arrêt depuis décembre 2023, touchant environ 3 000 travailleurs.

  • General Motors a supprimé un quart de travail à Oshawa en janvier, affectant près de 700 employés.

  • L’usine CAMI d’Ingersoll a été mise en pause après l’abandon du fourgon électrique Chevrolet BrightDrop.

Dans ce contexte, Joly qualifie la stratégie industrielle de défense de « stimulant économique très important » pour le Canada, en offrant de nouvelles perspectives aux travailleurs touchés par les pertes d’emplois dans l’automobile.

Appui syndical et rencontres diplomatiques

La présidente d’Unifor, Lana Payne, appuie l’approche gouvernementale, estimant qu’un constructeur sud-coréen devrait déjà produire localement compte tenu de son volume de ventes au Canada. Les ministres sud-coréens de la Défense et des Affaires étrangères doivent d’ailleurs rencontrer leurs homologues canadiens à Ottawa le 25 février, un rendez-vous qui pourrait faire avancer le dossier.

Conclusion

D’un point de vue stratégique, Ottawa joue une carte industrielle musclée. Lier un contrat militaire à un investissement automobile représente un signal fort : le Canada ne veut plus être uniquement un marché de consommation, mais un territoire de production. Reste à voir si les groupes étrangers accepteront cette condition. Monter une usine d’assemblage représente un investissement de plusieurs milliards de dollars et un engagement à long terme. Dans un marché nord-américain marqué par l’incertitude tarifaire et la transition électrique, la décision ne sera pas prise à la légère.

Avec des renseignements d’Automotive News Canada

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