Les constructeurs se regroupent après un fiasco de 50 milliards $ dans les véhicules électriques

L’industrie automobile mondiale traverse une phase de recalibrage spectaculaire. Après avoir investi massivement dans l’électrification, plusieurs grands constructeurs réalisent aujourd’hui que la transition ne se fait ni aussi vite ni aussi facilement que prévu. Résultat : des dépréciations totalisant près de 50 milliards $ US, révélant à quel point le marché a été mal anticipé — tant sur la vitesse d’adoption que sur l’appétit réel des consommateurs.

Des milliards effacés des bilans

Les charges liées aux capacités d’usines, aux programmes de véhicules et à la production de batteries ont récemment plombé les résultats financiers. Honda prévoit environ 1,9 milliard $ de charges d’ici la fin mars, tandis que Stellantis évoque près de 26 milliards $ dans ce qu’elle qualifie de « réinitialisation » de ses activités — sans préciser la portion strictement liée aux EV. Selon plusieurs analystes, ces pertes reflètent surtout l’ampleur des investissements consentis plutôt qu’un abandon pur et simple de l’électrique. Les normes environnementales pourraient encore se resserrer à l’avenir, et la part des EV devrait continuer de croître à long terme.

Pourquoi le marché ralentit

Pendant quelques années, la demande semblait irrésistible. Les constructeurs devaient suivre la pression réglementaire en Amérique du Nord et en Europe. Tesla a mis beaucoup de pression. Or, les acheteurs nord-américains ont décroche en constatant les prix d’achat élevés, l’anxiété liée à l’autonomie et la vitesse de recharge encore perfectible À cela s’ajoute un contexte politique plus favorable aux motorisations traditionnelles. Aux États-Unis, Donald Trump a notamment assoupli certaines règles fédérales et supprimé le crédit d’impôt de 7 500 $, ce qui a réduit l’attrait financier des EV. Conséquence : environ 1,3 million d’EV immatriculés aux États-Unis en 2025 — soit 7,8 % du marché, légèrement sous les 8 % de 2024.

Detroit encaisse le choc

General Motors a déclaré plus de 7 milliards $ de charges liées aux EV pour 2025. Il a notamment annulé la fourgonnette commerciale électrique Chevrolet BrightDrop et reconverti une usine de camionnettes électriques vers des modèles à essence. Ford a admis que virage électrique coûtera environ 20,9 milliards $ d’ici 2027. Le programme de la Ford F-150 Lightning a été abandonné au profit d’une version à autonomie prolongée dotée d’un moteur thermique servant de générateur. Deux VUS électriques à trois rangées ont aussi été rayés de la carte. Stellantis a annoncé 26 milliards $ US de charges soit 17,5 milliards $ pour des programmes annulés, 2,5 milliards $ pour revoir la chaîne d’approvisionnement EV et la fin d’une coentreprise de batteries au Canada avec LG Energy Solution Une grande partie serait liée à l’annulation d’un Ram 1500 entièrement électrique et de certains hybrides rechargeables Jeep. Honda admet que sa stratégie ne correspondait pas à la demande. Il négocie actuellement des compensations avec GM pour l’arrêt des programmes Honda Prologue et Acura ZDX, développés conjointement.

Un recul… mais pas un abandon

Malgré ces pertes, personne ne quitte réellement la course.

  • GM relance la Chevrolet Bolt sous la barre des 30 000 $, même si sa production doit cesser en 2027 pour faire place à des utilitaires thermiques.
  • Ford prépare une camionnette intermédiaire électrique autour de 30 000 $ et mise sur une nouvelle plateforme plus rentable.
  • Plusieurs partenariats internationaux sont en cours, notamment avec Renault et Volkswagen.

Pendant ce temps, Toyota — longtemps critiqué pour sa prudence — semble aujourd’hui avantagé par sa stratégie multiénergie. Le constructeur a confirmé qu’une version entièrement électrique du Toyota Highlander arrivera en 2027.

Lecture stratégique : l’erreur n’était pas l’électrique, mais le calendrier

Le consensus chez les analystes est clair : les constructeurs n’ont pas surestimé la pertinence des EV — ils ont surestimé la vitesse à laquelle le marché basculerait. Autrement dit, l’industrie passe d’une logique de ruée vers l’or à une approche plus pragmatique avec des investissements mieux ciblés, l’électrification partielle accrue (hybrides, EREV), des plateformes flexibles et une cadence de production réalignée sur la demande Pour les consommateurs nord-américains, cela pourrait même être positif : moins de paris coûteux, davantage de produits adaptés à la réalité du marché.

Conclusion

Le véritable enseignement n’est pas que l’électrique recule — c’est que l’industrie revient à une discipline financière plus traditionnelle. Les prochaines années devraient voir coexister plusieurs technologies, et non une domination rapide du 100 % électrique. En clair, la transition sera un marathon, pas un sprint.

Avec des renseignements d’Automotive News

Le texte Les constructeurs se regroupent après un fiasco de 50 milliards $ dans les véhicules électriques provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile

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