Le Canada prépare un plan pour survivre à des tarifs automobiles durables
Le gouvernement canadien revoit sa stratégie afin de maintenir à flot l’industrie automobile nationale, même dans l’éventualité où les tarifs américains deviendraient permanents. Ottawa se prépare à tous les scénarios, tout en espérant que les prochaines négociations commerciales permettront de préserver l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (ACEUM). Lors d’un discours prononcé le 5 février dans une usine de pièces automobiles au nord de Toronto, le premier ministre Mark Carney a réaffirmé la préférence du Canada pour un régime sans tarifs avec les États-Unis. Cette approche passera notamment par une refonte du programme fédéral d’allègement tarifaire en vigueur depuis près d’un an.
L’automobile prise dans la tempête politique
En avril 2025, le président américain Donald Trump a imposé des tarifs de 25 % sur les véhicules assemblés au Canada entrant aux États-Unis. Ottawa a répliqué rapidement avec des mesures équivalentes et un programme de remise permettant aux cinq constructeurs produisant au pays d’éviter les droits de douane sur leurs importations américaines — à condition de maintenir leurs investissements et leur production locale. Les tarifs des deux côtés de la frontière visent uniquement les véhicules complets et prévoient des exemptions pour les pièces produites localement.
Après plus d’un an de tensions commerciales :
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Honda et Toyota, responsables d’environ 75 % de la production canadienne en 2025, ont maintenu leurs volumes.
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Ford poursuit le réoutillage de son unique usine d’assemblage canadienne à Oakville, en Ontario.
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General Motors et Stellantis ont ralenti la cadence ou déplacé certains projets vers les États-Unis, entraînant une réduction de leurs quotas de remise.
Par ailleurs, certains constructeurs sans production locale — dont Hyundai, Mazda et Nissan — ont suspendu l’importation de certains modèles afin d’éviter les tarifs.
Vers un système de crédits échangeables
Face à ces résultats mitigés, Ottawa lancera des consultations pour mieux arrimer son programme de remise tarifaire à la production réelle. Le principe est simple :
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Chaque véhicule assemblé au Canada générera un crédit échangeable.
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Les constructeurs en déficit devront acheter des crédits à des concurrents excédentaires ou payer des tarifs sur les véhicules importés des États-Unis.
Ce mécanisme permettrait à la fois de réintroduire certains modèles américains sans pénalité et de récompenser les constructeurs qui augmentent leur production canadienne — un angle mort souvent reproché au programme initial. À l’inverse, des groupes comme General Motors pourraient se retrouver en position déficitaire : près de 300 000 véhicules vendus au Canada en 2025, mais seulement environ 125 000 produits localement.
Une stratégie automobile plus large
Le plan révisé s’inscrit dans une stratégie industrielle plus vaste, qui inclut également l’abandon du mandat fédéral exigeant que 100 % des véhicules neufs vendus soient électriques d’ici 2035. Le gouvernement n’a toutefois pas précisé la durée des consultations ni la date d’entrée en vigueur du nouveau programme.
Conclusion
D’un point de vue stratégique, Ottawa envoie un signal clair : le marché canadien ne sera plus simplement une destination de vente, mais un levier pour attirer la production. Un système de crédits échangeables rappelle certaines politiques industrielles européennes et pourrait favoriser les constructeurs déjà fortement implantés — notamment les japonais — tout en mettant davantage de pression sur les groupes américains.
Le véritable test viendra lors de la révision de l’ACEUM : si les tarifs persistent, l’intégration nord-américaine pourrait perdre en fluidité, avec un risque réel de fragmentation des chaînes d’approvisionnement. À court terme, cependant, cette approche renforce la résilience canadienne.
Avec des renseignements d’Automotive News
Le texte Le Canada prépare un plan pour survivre à des tarifs automobiles durables provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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