Deux assureurs québécois réclament 72 M$ à Honda, Toyota et Stellantis

Le vent tourne dans la lutte contre le vol automobile au Canada. Après des années où les assureurs absorbaient les pertes, certains passent désormais à l’offensive — et visent directement les constructeurs. Le 13 avril 2026, les assureurs québécois Beneva et L’Unique Assurances générales ont déposé une poursuite de 72 millions de dollars devant la Cour supérieure du Québec contre Honda, Toyota et Stellantis. Leur reproche : des systèmes antivol électroniques jugés trop faciles à contourner.

Le cœur du litige : la technologie sans clé

Selon les plaignants, les technologies d’accès et de démarrage sans clé — aujourd’hui omniprésentes — auraient ouvert une brèche majeure. Les assureurs soutiennent que ces constructeurs n’ont pas pris les mesures nécessaires pour empêcher l’exploitation de failles électroniques. Résultat : des véhicules volés « en quelques instants » à l’aide d’outils relativement simples, notamment via des attaques relais. D’un point de vue technique, le reproche n’est pas nouveau. Plusieurs experts dénoncent depuis des années la vulnérabilité des systèmes passifs d’entrée sans clé, souvent plus axés sur le confort que sur la cybersécurité.

Des modèles parmi les plus volés au pays

Le choix des constructeurs poursuivis n’a rien d’anodin. Leurs modèles dominent régulièrement les palmarès des véhicules les plus volés au Canada. En 2024, huit des dix modèles les plus ciblés provenaient de ces groupes, dont :

  • Toyota RAV4
  • Ram 1500
  • Honda CR-V
  • Honda Civic
  • Jeep Wrangler
  • Toyota Highlander
  • Toyota Tundra
  • Lexus RX

Un constat clair : les VUS compacts et les camionnettes pleine grandeur restent les cibles privilégiées, notamment pour l’exportation.

2 127 vols… et une facture salée

La poursuite couvre 2 127 vols survenus entre avril 2023 et avril 2026.

Répartition des réclamations :

Beneva :

  • 13,9 M$ contre Stellantis
  • 14,8 M$ contre Honda
  • 27,9 M$ contre Toyota

L’Unique :

  • 3,8 M$ contre Stellantis
  • 3,6 M$ contre Honda
  • 7,5 M$ contre Toyota

Au total, cela représente 72 M$ en indemnités versées aux assurés.

Une bombe à retardement de 900 millions $

Cette poursuite pourrait n’être que la pointe de l’iceberg. Selon Équité Association, les réclamations liées au vol automobile ont atteint environ 900 millions de dollars au Canada en 2025. Le Québec représente 17 % des vols, mais l’Ontario demeure l’épicentre avec près de 40 % des cas. Autrement dit, si la cause des assureurs réussit, elle pourrait déclencher une vague nationale de poursuites — incluant d’autres constructeurs comme Ford ou GM, dont les camionnettes figurent aussi parmi les plus volées.

Un recours collectif encore plus explosif

En parallèle, un recours collectif autorisé en 2025 vise 13 constructeurs, dont Honda, Toyota, Ford, Hyundai et Volkswagen. Mené par le cabinet Bouchard Avocats, il repose sur des arguments similaires : négligence et inaction face aux vulnérabilités en deux volets :

  • Indemnisation directe : 1 500 $ par véhicule volé (jusqu’à 45 M$)
  • Dommages punitifs : 1 500 $ par véhicule vendu (potentiellement plus de 1 milliard $)

Un scénario qui ferait trembler toute l’industrie.

Les consommateurs : grands oubliés ?

La vraie question demeure : si les assureurs gagnent, les automobilistes verront-ils la couleur de l’argent ? Rien n’est moins sûr. Les indemnisations réclamées visent d’abord à compenser les assureurs pour les pertes déjà payées. Quant aux consommateurs, ils devront probablement se tourner vers les recours collectifs pour espérer un dédommagement.

Analyse

Cette affaire marque un tournant. Pendant longtemps, les constructeurs ont minimisé les risques liés aux systèmes sans clé. Aujourd’hui, la pression juridique et financière devient réelle.

Trois constats :

  1. Le retard technologique en cybersécurité automobile est évident
  2. Les assureurs refusent désormais d’absorber seuls les coûts
  3. Les constructeurs pourraient devoir repenser entièrement leurs systèmes d’accès

À court terme, attendez-vous à une accélération des solutions comme :

  • clés avec capteurs de mouvement
  • désactivation automatique
  • authentification multifactorielle

Mais surtout, à une judiciarisation croissante du dossier.

Avec des renseignements de Driving.ca

Le texte Deux assureurs québécois réclament 72 M$ à Honda, Toyota et Stellantis provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile

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