Ottawa abandonne ses cibles d’électrification

Le gouvernement fédéral a officiellement entrepris la semaine dernière le processus visant à abolir le mandat de vente de véhicules électriques (VÉ), alors même que les nouvelles normes d’émissions plus sévères promises par le premier ministre Mark Carney sont encore loin d’être finalisées. La proposition réglementaire publiée le 14 août dans la Gazette du Canada prévoit l’abandon du mécanisme qui devait obliger les constructeurs à augmenter progressivement la proportion de véhicules zéro émission vendus au pays. Le mandat prévoyait que les véhicules électriques représentent au moins 20 % des ventes de véhicules neufs au Canada en 2026, pour atteindre progressivement 100 % en 2035.

Ottawa vise tout de même 75 % de VÉ en 2035

Même sans mandat obligatoire, Ottawa estime que les véhicules électriques pourraient représenter 75 % des ventes de véhicules neufs en 2035, puis 90 % en 2040. Le gouvernement reconnaît toutefois que l’abolition du mandat ralentira vraisemblablement l’adoption des VÉ. Selon ses propres projections, cette décision pourrait entraîner jusqu’à 90,3 milliards de dollars en dommages potentiels liés aux changements climatiques. Le mandat devait permettre d’éviter environ 376 millions de tonnes de gaz à effet de serre sur 25 ans, soit l’équivalent annuel des émissions produites par environ trois millions de voitures. Cette estimation reposait cependant sur un scénario qui ne tenait pas compte de l’éventuelle mise en place de nouvelles normes d’émissions pour les véhicules à essence.

Les nouvelles normes ne sont toujours pas prêtes

C’est ici que le dossier devient particulièrement intéressant. Lorsque Mark Carney avait annoncé, en février, son intention d’abandonner le mandat de vente des VÉ, il avait promis de le remplacer par des normes beaucoup plus strictes pour les émissions à l’échappement. Or, le gouvernement affirme maintenant que les consultations sur ces nouvelles normes ne commenceront qu’à l’automne. Une nouvelle stratégie nationale pour les infrastructures de recharge doit également être dévoilée au cours des prochains mois. Ottawa entend notamment consulter l’industrie automobile ainsi que les groupes environnementaux avant de finaliser son approche.

Une réglementation attendue au début de 2027

Un haut responsable fédéral a indiqué que le gouvernement souhaite présenter des projets de règlements au début de 2027. Cette échéance est nettement plus tardive que prévu. Plusieurs organisations environnementales s’attendaient à voir les nouvelles règles publiées dès la fin juin. Pour Sam Hersh, responsable du programme de transport propre chez Environmental Defence, le retard est difficile à comprendre. L’organisme estime que le climat n’a pas nécessairement constitué une priorité pour le gouvernement actuel et craint que cette période d’incertitude nuise à la transition vers les véhicules électriques.

Une réduction drastique des émissions visée

Mark Carney avait indiqué en février que les nouvelles normes imposeraient éventuellement une limite de 74 grammes de CO₂ équivalent par mile. À titre de comparaison, la norme fédérale actuelle pour les émissions des véhicules légers est de 172 grammes par mile. Le passage à 74 grammes représenterait donc une réduction d’environ 57 %. Les premières règles devraient viser les véhicules des années-modèles 2027 à 2032. Le problème, c’est que le gouvernement n’a toujours pas expliqué précisément comment les constructeurs devront atteindre cette cible.

Les constructeurs obtiennent ce qu’ils demandaient

L’abandon du mandat de vente des VÉ survient après des pressions importantes exercées par plusieurs provinces et constructeurs automobiles. L’industrie soutenait qu’il existait d’autres moyens de réduire les émissions sans imposer de pénalités aux fabricants qui n’atteindraient pas leurs objectifs de ventes de véhicules électriques. Le contexte est d’autant plus délicat que les constructeurs nord-américains doivent déjà composer avec les conséquences de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Pour plusieurs fabricants, investir massivement dans les véhicules électriques tout en maintenant une gamme de modèles à essence rentables représente déjà un exercice d’équilibriste.

Le Canada risque-t-il de prendre du retard?

Les groupes environnementaux craignent maintenant que le retrait du mandat, avant l’entrée en vigueur des nouvelles normes d’émissions, crée un vide réglementaire susceptible de ralentir l’électrification du parc automobile canadien. Pour les consommateurs canadiens, l’enjeu dépasse donc la simple question des véhicules électriques. Une réglementation moins ambitieuse pourrait également maintenir plus longtemps la dépendance aux carburants fossiles et exposer les automobilistes aux fluctuations des prix de l’essence.

Un changement de cap, mais pas un abandon de l’électrification

L’abolition du mandat de vente ne signifie donc pas que le Canada tourne complètement le dos aux véhicules électriques. Ottawa prévoit toujours une progression importante de leur adoption au cours des prochaines années. Le véritable enjeu sera de savoir si les nouvelles normes d’émissions seront suffisamment sévères pour forcer les constructeurs à poursuivre leurs investissements dans les VÉ, les hybrides rechargeables et les véhicules à essence plus efficaces. Pour l’instant, le gouvernement demande aux automobilistes et aux constructeurs de patienter. Et dans l’industrie automobile, on sait très bien qu’un délai réglementaire peut rapidement se transformer en délai commercial.

Avec des renseignements d’Automotive News

Le texte Ottawa abandonne ses cibles d’électrification provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile

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