Le rôle et l’histoire de la SOGHU (Société de gestion des huiles usagées)

Au Québec, la gestion des produits d’entretien mécanique usagés représente un enjeu environnemental majeur. Les huiles, les filtres, les antigels, les contenants de plastique et certains aérosols utilisés pour l’entretien des véhicules et des équipements peuvent devenir des contaminants s’ils sont jetés ou déversés dans l’environnement. C’est dans ce contexte que la Société de gestion des huiles usagées, mieux connue sous le nom de SOGHU, joue un rôle central depuis maintenant plus de vingt ans. Organisme sans but lucratif reconnu par RECYC-QUÉBEC, la SOGHU coordonne un programme structuré de récupération, de valorisation et de sensibilisation afin de donner une deuxième vie à ces matières tout en protégeant les écosystèmes québécois.

La naissance de la SOGHU et la responsabilité élargie des producteurs

La SOGHU a été fondée en 2004. Sa création s’inscrit dans l’évolution de la responsabilité élargie des producteurs au Québec, un principe selon lequel les entreprises qui mettent sur le marché certains produits doivent aussi assumer la responsabilité de leur récupération et de leur valorisation en fin de vie. Avant la mise en place de ce cadre, la disposition adéquate des huiles et produits connexes était moins structurée. Bien qu’il soit interdit de les rejeter dans la nature, plusieurs établissements devaient assumer seuls les coûts et la logistique liés à leur gestion, ce qui faisait en sorte qu’une partie de ces matières se retrouvait à l’enfouissement ou était mal gérée. La création de la SOGHU a donc permis de mettre en place une solution collective et plus accessible à l’échelle du territoire québécois.

Une mission axée sur la récupération et la valorisation

La mission de la SOGHU est de gérer, au nom de ses membres, un programme de récupération, de valorisation et de sensibilisation mené de façon efficace et responsable sur les plans économique, environnemental et social. Les produits visés par ce programme comprennent les huiles usagées, les liquides de refroidissement et antigels usagés, les filtres à huile et à diésel, ainsi que les contenants de 50 litres et moins associés à ces produits, y compris certains contenants aérosols comme les lubrifiants ou les nettoyants à freins. Au fil du temps, la portée du programme s’est élargie. À l’origine, il visait principalement l’huile à moteur, les filtres et les contenants d’huile. En 2012, l’antigel, les contenants d’antigel et certains aérosols supplémentaires ont été ajoutés à la réglementation, renforçant ainsi l’approche intégrée de la récupération des produits d’entretien mécanique.

Comment fonctionne le modèle de gestion de la SOGHU?

Concrètement, la SOGHU agit comme organisme de gestion reconnu. Elle regroupe des entreprises membres qui commercialisent les produits assujettis au règlement et perçoit auprès d’elles des écofrais servant à financer le système. Ces sommes permettent d’organiser la collecte, le transport, le tri et la valorisation des matières récupérées, en faisant appel à des récupérateurs et à des transformateurs spécialisés. Ce modèle collectif facilite le respect des obligations réglementaires par les producteurs et assure une couverture provinciale plus cohérente. La SOGHU veille également à rendre compte de ses activités à ses membres et aux autorités, conformément à son entente avec RECYC-QUÉBEC.

Un réseau de plus de 1 100 points de dépôt

Le succès de la SOGHU repose sur le déploiement d’un vaste réseau de points de dépôt partout au Québec. Plus de 1 100 points de dépôt permettent aux citoyens de rapporter leurs produits usagés de façon simple et sécuritaire. Cette accessibilité est essentielle, car un programme de récupération ne peut être performant que si les utilisateurs ont des solutions pratiques à proximité. En offrant un service structuré et généralement sans frais pour les matières visées, la SOGHU a contribué à normaliser le réflexe du retour en point de dépôt, au même titre que d’autres gestes de recyclage désormais bien ancrés dans les habitudes.

Donner une deuxième vie aux matières récupérées

Le rôle de la SOGHU ne se limite pas à récupérer des matières : il consiste aussi à s’assurer qu’elles soient valorisées correctement. Les huiles usagées peuvent être reraffinées ou régénérées afin de redevenir des huiles de base ou être utilisées comme combustible dans certains procédés industriels. Les filtres et les aérosols, quant à eux, sont récupérés pour leurs composantes métalliques, qui peuvent être transformées en nouveaux éléments ferreux. Les contenants plastiques d’huile et d’antigel sont décontaminés puis recyclés en produits comme des tuyaux. L’antigel usagé peut être traité pour redevenir de l’antigel réutilisable. Cette logique de valorisation s’inscrit pleinement dans les principes de l’économie circulaire, en réduisant à la fois les déchets et le recours aux matières vierges.

Des résultats impressionnants en vingt ans

Les résultats obtenus depuis la création de la SOGHU témoignent de l’importance du programme. En vingt ans, l’organisme a contribué à donner une deuxième vie à plus d’un milliard de litres d’huile, à environ 22 millions de litres d’antigel, à 60 000 tonnes de filtres ainsi qu’à 40 000 tonnes de contenants de plastique et d’aérosol. Ces volumes illustrent non seulement l’ampleur du travail accompli, mais aussi la quantité de matières potentiellement polluantes qui ont été détournées de l’enfouissement ou d’une mauvaise disposition. Lorsque l’on rappelle qu’un seul litre d’huile peut contaminer jusqu’à un million de litres d’eau, on comprend mieux pourquoi une organisation comme la SOGHU est devenue un maillon essentiel de la protection de l’environnement au Québec.

La campagne « Où Bidon » pour sensibiliser les citoyens

La sensibilisation demeure un pilier du mandat de la SOGHU. Pour accroître les bons réflexes chez les citoyens, l’organisme a récemment lancé la campagne grand public « Où Bidon », inspirée de l’expression québécoise « ou bedon », afin de rappeler de façon simple et concrète où rapporter les huiles usagées, filtres, antigels, contenants et aérosols. Déployée au printemps et appuyée par la plateforme oubidon.ca, cette initiative vise à rendre le geste de récupération plus visible, plus accessible et plus naturel partout au Québec.

Les défis des prochaines années

Aujourd’hui, malgré des performances solides, la SOGHU fait face à de nouveaux défis. Certains secteurs, comme le milieu agricole ou certains utilisateurs éloignés des grands centres, nécessitent encore des efforts accrus de sensibilisation et d’adaptation des services. Le maintien de bons taux de récupération passe aussi par l’innovation, la présence sur le terrain, le développement de partenariats et l’amélioration continue des processus. Les objectifs réglementaires évoluent également. RECYC-QUÉBEC prévoit par exemple des taux minimaux de récupération croissants pour plusieurs catégories de produits, ce qui oblige l’ensemble du système à demeurer performant et à chercher continuellement de nouvelles façons de capter les volumes encore échappés au réseau.

Un modèle québécois qui a fait ses preuves

En somme, l’histoire de la SOGHU est celle d’une organisation qui a su structurer, professionnaliser et faire évoluer la récupération des produits d’entretien mécanique usagés au Québec. Depuis sa fondation en 2004 et le lancement de son programme en 2005, elle a bâti un modèle collectif qui conjugue responsabilité des producteurs, accessibilité des services, valorisation des matières et sensibilisation du public. Son rôle dépasse largement la simple gestion des huiles usagées : elle contribue à réduire les risques de contamination, à soutenir l’économie circulaire et à inscrire les pratiques de récupération dans le quotidien des citoyens et des entreprises. Dans un contexte où les attentes environnementales sont de plus en plus élevées, la SOGHU demeure un acteur incontournable pour protéger les ressources, réduire le gaspillage et donner une véritable seconde vie à des produits longtemps perçus comme de simples déchets.

Le texte Le rôle et l’histoire de la SOGHU (Société de gestion des huiles usagées) provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile

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