L’usine Stellantis à nouveau dans une impasse
Stellantis se retrouve dans une situation délicate en Ontario. Son usine de Brampton, à l’arrêt depuis la fin de 2023, demeure sans plan concret de relance après le rejet rapide d’un projet controversé. L’idée : assembler des véhicules électriques provenant de Chine sous forme de kits (CKD) en partenariat avec Leapmotor. Une solution qui, sur papier, permettait de redonner vie au site… mais qui n’a convaincu ni les gouvernements ni le syndicat.
Un projet jugé insuffisant et risqué
Le principal problème du modèle CKD (Complete Knock Down) est simple : il limite drastiquement les retombées locales. Selon Unifor, le projet aurait permis d’employer seulement 200 à 300 travailleurs, contre environ 3 000 auparavant lorsque l’usine produisait des modèles comme la Dodge Charger et la Dodge Challenger. Plus inquiétant encore :
- Aucun atelier d’emboutissage
- Aucun département de peinture
- Aucune soudure
- Peu ou pas de métiers spécialisés
- Une chaîne d’approvisionnement locale quasi inexistante
En clair, une usine d’assemblage minimaliste, loin des standards industriels traditionnels.
Un rejet politique sans appel
Le projet a également été torpillé sur le plan politique. La ministre fédérale Mélanie Joly a été catégorique : impossible de justifier des investissements publics pour assembler des véhicules importés en pièces détachées. Même son de cloche du côté du premier ministre ontarien Doug Ford, qui estime que cette approche affaiblirait l’écosystème automobile local. Un point crucial, sachant que les gouvernements ont injecté des centaines de millions de dollars en 2022 pour soutenir la présence industrielle de Stellantis au Canada.
Un casse-tête économique et réglementaire
Au-delà de la politique, le modèle CKD pose aussi un problème structurel. Contrairement à l’Europe, le Canada ne considère pas qu’un véhicule assemblé à partir de kits change d’origine. Résultat : même assemblés à Brampton, ces véhicules resteraient considérés comme chinois, donc soumis aux tarifs d’importation. Ils ne respecteraient pas non plus les ententes de l’ACEUM (USMCA), ce qui compromettrait toute exportation vers les États-Unis.
Un non-sens économique selon plusieurs experts du secteur.
Le spectre du Jeep Compass
Initialement, l’usine devait produire la prochaine génération du Jeep Compass après une modernisation majeure. Mais ce programme a été suspendu en 2025 puis transféré aux États-Unis dans un contexte de tensions commerciales. Depuis, le site reste sans mission claire, malgré les engagements répétés de Stellantis de maintenir une production locale.
Pas de solution concrète
Le syndicat ne ferme pas la porte à une collaboration avec un partenaire chinois, à condition qu’elle respecte les niveaux d’emploi et d’investissement antérieurs. Une montée en cadence progressive pourrait être acceptable, mais le modèle actuel est jugé trop limité pour assurer la pérennité du site.
Conclusion
Ce dossier illustre parfaitement les limites des stratégies d’assemblage à faible valeur ajoutée dans un marché comme le Canada. Entre contraintes politiques et commerciales et les attentes syndicales, le modèle CKD n’a pratiquement aucune chance de passer. Stellantis doit maintenant trouver une solution industrielle crédible — et rapide — sous peine de voir Brampton devenir un actif dormant à long terme.
Avec des renseignements d’Automotive News
Le texte L’usine Stellantis à nouveau dans une impasse provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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