La guerre en Iran inquiète l’industrie automobile

L’industrie automobile mondiale surveille de près l’évolution du conflit en Iran, qui pourrait perturber l’approvisionnement en aluminium, en matériaux pour semi-conducteurs et en produits pétrochimiques essentiels à la fabrication de véhicules. Cette situation ajoute une nouvelle couche d’incertitude à un secteur déjà secoué ces dernières années par les tarifs douaniers, les pénuries de puces électroniques et les répercussions de la pandémie. Selon Dan Hearsch, co-responsable mondial de la pratique automobile et industrielle chez AlixPartners, l’accumulation de crises complique considérablement la gestion des chaînes d’approvisionnement. Chaque nouvelle perturbation rend la planification et la production beaucoup plus difficiles pour les constructeurs et leurs fournisseurs.

L’aluminium au cœur des préoccupations

L’un des enjeux majeurs concerne l’aluminium, un matériau largement utilisé dans la construction automobile pour réduire le poids des véhicules et améliorer l’efficacité énergétique. Le Moyen-Orient représente environ 10 % de la production mondiale d’aluminium, et plusieurs pays de la région comptent parmi les principaux exportateurs vers les États-Unis. En 2025, les Émirats arabes unis figuraient au deuxième rang des exportateurs vers le marché américain, tandis que Bahreïn occupait la quatrième position. Face aux risques liés au conflit, certains fournisseurs japonais et sud-coréens explorent déjà des alternatives. Selon Bloomberg, ils négocient notamment l’achat d’alliages d’aluminium auprès du producteur russe United Co. Rusal International, tout en discutant avec des entreprises en Inde et dans d’autres pays asiatiques.

Toutefois, changer de fournisseur ou rediriger les flux logistiques entraînera inévitablement des coûts supplémentaires et des délais plus longs.

Les semi-conducteurs pourraient aussi être touchés

Le conflit pourrait également perturber l’approvisionnement en matériaux nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs. Les autorités sud-coréennes ont notamment mis en garde contre un possible manque d’hélium, un gaz indispensable à certains procédés de production de puces électroniques. Or, l’hélium est produit dans un nombre limité de pays, dont le Qatar. Une perturbation de ces flux pourrait raviver les pénuries de microprocesseurs qui ont paralysé l’industrie automobile entre 2020 et 2023.

Hausse possible des coûts pour les plastiques automobiles

Un autre effet potentiel concerne les produits pétrochimiques, dont dépendent les plastiques automobiles. Selon une analyse du cabinet Roland Berger, les perturbations prolongées pourraient faire grimper le prix de ces matériaux de 15 à 25 %. Un véhicule standard contient généralement entre 150 et 200 kilogrammes de plastiques issus de produits pétrochimiques. Une hausse des coûts des matières premières pourrait donc réduire les marges des fournisseurs et augmenter la facture pour les constructeurs. La hausse du prix du pétrole, si elle se maintient, pourrait également accentuer ces pressions sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Des routes commerciales menacées

Au-delà des matières premières, la logistique pourrait aussi être affectée. Les transporteurs pourraient éviter des passages stratégiques comme le détroit d’Ormuz, l’une des routes maritimes les plus importantes pour le commerce mondial de l’énergie et des matières premières. Cette situation pourrait entraîner des itinéraires plus longs pour les navires et les avions cargo, ce qui ferait augmenter les coûts de transport et allongerait les délais de livraison.

Les constructeurs surveillent la situation

Plusieurs constructeurs ont déjà indiqué qu’ils suivaient la situation de près. Volkswagen a déclaré être « très préoccupé » par l’évolution du conflit et affirme analyser en continu les effets potentiels sur ses activités. De son côté, Lucid Motors, qui exploite une usine d’assemblage en expansion en Arabie saoudite, affirme que le conflit n’a pas encore affecté ses opérations. L’entreprise exploite depuis 2023 une installation près de Djeddah capable d’assembler environ 5 000 véhicules par an, et prévoit de la transformer en usine complète de production.

Les véhicules les plus rentables pourraient être privilégiés

Si la situation devait provoquer des pénuries de pièces ou de matières premières, les constructeurs pourraient adopter une stratégie déjà utilisée lors de la crise des semi-conducteurs : privilégier la production des véhicules les plus rentables. Autrement dit, les modèles haut de gamme ou les VUS à forte marge pourraient passer en priorité, au détriment des véhicules d’entrée de gamme. Selon Sam Fiorani, vice-président de la prévision mondiale des véhicules chez AutoForecast Solutions, la priorité restera simple : produire les modèles qui génèrent le plus de profits.

Un impact dépendant de la durée du conflit

Au final, l’impact réel sur l’industrie automobile dépendra surtout de la durée du conflit. Une résolution rapide limiterait les perturbations, tandis qu’un conflit prolongé pourrait provoquer des pénuries imprévisibles dans plusieurs segments de la chaîne d’approvisionnement. Dans un secteur déjà fragilisé par plusieurs crises successives, un nouveau choc logistique pourrait rapidement se répercuter sur les coûts, la production et les délais de livraison des véhicules.

Avec des renseignements d’Automotive News

Le texte La guerre en Iran inquiète l’industrie automobile provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile

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