Aston Martin en difficulté financière
En quête d’un second souffle dans un redressement qui peine à décoller, le président d’Aston Martin, Lawrence Stroll, a choisi une solution pour le moins originale : conclure une entente… avec lui-même. Le constructeur britannique, qui vient d’émettre son troisième avertissement sur résultats en un an, recevra 50 millions de livres sterling — soit environ 86,6 millions $ CA — de son écurie de F1 pour l’utilisation du nom Aston Martin. Particularité : l’équipe détenait déjà les droits d’appellation jusqu’en 2055. La nouvelle entente les prolonge à perpétuité.
Selon l’analyste Henning Cosman de Barclays, il s’agit d’un actif « auquel la plupart des investisseurs n’auraient attribué aucune valeur ».
Un constructeur sous pression financière
Cette manœuvre illustre la pression croissante qui pèse sur Aston Martin. Depuis le sauvetage orchestré par Lawrence Stroll en 2020, le constructeur a multiplié les levées de fonds et les avertissements sur résultats. Plusieurs lancements de modèles n’ont pas généré l’enthousiasme escompté. Le plus récent avertissement prévoit une perte d’exploitation en 2025 plus importante que prévu. De quoi raviver les doutes sur la capacité d’Aston Martin à survivre comme entreprise indépendante. Depuis son entrée en Bourse à Londres en 2018, l’action a pratiquement perdu toute sa valeur. Anthony Dick, analyste chez Oddo, estime qu’un appui industriel plus solide serait souhaitable. Il cite en exemple Rolls-Royce Motor Cars, propriété de BMW, et Bentley, sous l’égide du Volkswagen Group. Deux marques britanniques qui ont prospéré grâce à l’appui de grands groupes.
Un redressement semé d’embûches
Depuis l’arrivée de Stroll, Aston Martin a connu retards de modèles, problèmes d’approvisionnement et besoins répétés de capitaux. Le consortium mené par le milliardaire canadien a injecté plus de 600 millions de livres (environ 1,04 milliard $ CA) dans l’entreprise. En 2024, Stroll a recruté Adrian Hallmark — reconnu pour avoir redressé Bentley — afin de remettre la marque sur les rails. Il s’agit du quatrième PDG sous l’ère Stroll. Malgré des efforts de rationalisation des coûts, la croissance est freinée par le ralentissement du marché chinois, des faillites de fournisseurs et la hausse des tarifs douaniers américains, un enjeu crucial dans le principal marché d’Aston Martin. Parallèlement, la valeur de l’écurie de F1 a explosé, profitant de l’engouement mondial pour la discipline. Aston Martin a d’ailleurs vendu sa participation minoritaire dans l’équipe l’an dernier pour plus de 100 millions de livres (environ 173 millions $ CA).
Vers un retrait de la Bourse ?
En mars dernier, lors d’une entrevue, Lawrence Stroll qualifiait la capitalisation boursière d’Aston Martin — alors autour de 650 millions de livres (environ 1,13 milliard $ CA) — de « blague ». Un an plus tard, elle est tombée sous la barre des 600 millions de livres (environ 1,04 milliard $ CA). Des actionnaires comme le groupe chinois Geely ou le Public Investment Fund d’Arabie saoudite disposent des moyens financiers pour envisager un rachat complet. Reste à savoir s’ils ont l’appétit pour un redressement long et coûteux, surtout dans un contexte où Geely cherche lui-même à rationaliser ses activités après une expansion rapide.
L’espoir Valhalla pour 2026
Le 20 février, Aston Martin a tenté de rassurer les investisseurs en évoquant une amélioration marquée en 2026. L’objectif : livrer environ 500 exemplaires de son plus récent modèle Valhalla, retardé depuis longtemps. Les marchés surveilleront de près les résultats financiers détaillés qui seront dévoilés le 25 février. La crédibilité de la direction est en jeu, et les investisseurs exigeront un plan clair vers des flux de trésorerie positifs d’ici 2026. Pour l’instant, l’opération F1 ressemble davantage à un pansement financier qu’à une solution structurelle. Aston Martin demeure une icône du luxe britannique, mais sans appui industriel majeur ou redressement rapide, son indépendance pourrait devenir difficile à maintenir.
Avec des renseignements de Blooomberg
Le texte Aston Martin en difficulté financière provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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