BYD accélère sa conquête mondiale et lorgne le Canada

Le géant chinois du véhicule électrique BYD s’apprête à franchir une nouvelle étape stratégique en 2026, misant sur une croissance soutenue à l’international pour compenser le ralentissement de la demande domestique. L’Europe est clairement dans la mire, tandis que le Canada apparaît désormais comme une opportunité crédible.

Les ventes internationales deviennent le moteur de profit

BYD prévoit que ses ventes hors Chine bondiront d’environ 24 à 25 % pour atteindre près de 1,3 million de véhicules en 2026. Cette progression s’inscrit dans une tendance lourde : la part de l’international est passée de 8 % des ventes mondiales en 2023 à environ 23 % en 2025, preuve d’un basculement stratégique.

Cette orientation est loin d’être anodine. Les prix sont jugés plus stables à l’étranger, ce qui permettrait d’améliorer la structure globale des marges — un enjeu majeur alors que la guerre des prix fait rage en Chine.

L’Europe, priorité industrielle

BYD prépare le démarrage de sa première usine européenne à Szeged, en Hongrie, dotée d’une capacité annuelle de 150 000 véhicules. Le premier modèle attendu sur les chaînes serait la Dolphin Surf, une berline électrique sous-compacte. Parallèlement, le constructeur a déjà entamé la sélection d’un site pour une deuxième usine européenne, avec l’Espagne et l’Allemagne évoquées comme candidates potentielles. Une autre installation est aussi en construction en Turquie pour alimenter le marché régional.

L’objectif est clair : produire localement afin d’éviter les lourds droits de douane européens, qui peuvent atteindre 27 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine.

Une demande européenne en mutation

Selon Li Yunfei, responsable de la marque et des relations publiques, le marché européen suit désormais la trajectoire observée en Chine : les particuliers remplacent progressivement les flottes et organismes publics comme principaux acheteurs. Le phénomène de bouche-à-oreille jouerait aussi un rôle accélérateur dans l’adoption des véhicules électrifiés. Résultat : l’Europe pourrait représenter environ le tiers des ventes internationales de BYD dès 2026.

Pour soutenir cette croissance, le constructeur vise 1 000 points de vente en Europe d’ici la fin de 2025, puis le double un an plus tard.

La carte technologique : la recharge ultrarapide

BYD prévoit également d’introduire en Europe sa technologie de recharge dite « megawatt flash », capable de fournir jusqu’à 1 000 kW. Selon l’entreprise, cela permettrait de récupérer plus de 400 km d’autonomie en cinq minutes ou d’effectuer une recharge complète en une dizaine de minutes — des chiffres qui, s’ils se confirment en conditions réelles, pourraient redéfinir les attentes du marché.

La pression concurrentielle locale s’intensifie, notamment face à Geely ou à des jeunes pousses comme Xiaopeng et Xiaomi. Deux irritants ressortent: une homogénéisation des modèles électrifiés et l’insatisfaction des conducteurs face à la recharge par temps froid. BYD promet d’améliorer ses batteries, ses châssis et ses groupes motopropulseurs hybrides rechargeables afin de mieux performer en climat hivernal — un détail loin d’être anodin pour des marchés comme le Canada.

Le Canada dans la mire

Jusqu’ici, BYD évitait le marché canadien après l’imposition de surtaxes de 100 % sur les VÉ chinois. Mais un récent accord commercial pourrait changer la donne : Ottawa autoriserait l’importation d’environ 49 000 véhicules électriques chinois par an avec un tarif d’environ 6,1 %. La direction parle d’un « signal positif » actuellement à l’étude en interne. À l’inverse, d’autres marchés se ferment : le Mexique a imposé 50 % de droits de douane sur les véhicules légers chinois, illustrant le principal obstacle à l’expansion mondiale — les barrières tarifaires motivées par la géopolitique.

Conclusion

BYD est en train de reproduire la stratégie jadis adoptée par les constructeurs japonais et coréens : industrialiser localement pour contourner les tarifs et bâtir une crédibilité régionale. Si l’offensive européenne semble déjà bien engagée, le Canada représente un pari plus délicat. Le marché y est fortement politisé et étroitement lié aux intérêts nord-américains. Toutefois, si les conditions tarifaires se stabilisent, BYD pourrait rapidement devenir un joueur majeur dans le segment des VÉ abordables. La capacité réelle de BYD à maintenir ses marges tout en continuant d’alimenter une guerre des prix mondiale — un exercice d’équilibriste.

Avec des renseignements de Bloomberg

Le texte BYD accélère sa conquête mondiale et lorgne le Canada provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile

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