Les VÉ chinois peuvent-ils espionner le Canada?
L’éventuelle arrivée de 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine au Canada a rapidement sonné l’alarme en qualifiant ces modèles de « voitures espions » après l’entente commerciale entre Ottawa et Pékin, qui prévoit aussi une réduction des droits chinois sur certains produits agricoles canadiens. Ses déclarations, jugées provocatrices par certains, rejoignent néanmoins les préoccupations d’experts en sécurité, d’acteurs de l’industrie et même de certains alliés de l’OTAN.
Ottawa reste sur ses gardes
Les autorités fédérales évitent les déclarations fracassantes, mais plusieurs signaux démontrent une réelle prudence. Selon le National Post, lors d’une visite officielle en Chine du premier ministre Mark Carney, les fonctionnaires et membres du personnel politique ont dû éteindre leurs appareils électroniques et les placer dans des sacs de Faraday — conçus pour bloquer toute transmission de signal. À Pékin, ces employés auraient également utilisé des téléphones temporaires (« burner phones »), une pratique courante dans les environnements jugés sensibles.
La donnée, nouvel or noir de l’automobile
Les véhicules modernes génèrent d’immenses volumes d’informations : géolocalisation, habitudes de conduite, flux vidéo des caméras et état du véhicule. L’auteur et spécialiste de la Chine George S. Takach affirme que les autorités chinoises exigent déjà la collecte de ces données auprès des constructeurs locaux. « La Chine a créé un système massif de surveillance et d’analyse. Il n’y a aucune raison de croire que Pékin ne souhaiterait pas obtenir des flux similaires provenant de voitures circulant au Canada. »
Fait révélateur : la Chine interdit déjà aux militaires et à certains employés travaillant dans des installations sensibles de conduire leur Tesla au travail, craignant que les caméras embarquées ne captent des informations stratégiques. Selon Takach, le Canada devrait envisager des précautions comparables autour de ses bases militaires et infrastructures critiques.
Et si les relations se détérioraient?
Le risque ne se limiterait pas à la collecte de données. En cas de crise diplomatique — ou pire, d’un conflit impliquant la Chine — Pékin pourrait théoriquement ordonner aux constructeurs de restreindre les mises à jour logicielles. Conséquences possibles : perte de fonctionnalités, dégradation des performances ou immobilisation de véhicules. « Toute personne qui achète un VÉ fabriqué en Chine doit être consciente de ces risques », prévient Takach.
L’OTAN commence à réagir
La Pologne examine déjà la possibilité d’interdire les VÉ chinois à proximité des installations militaires. Un rapport du Center for Eastern Studies souligne que capteurs, microphones et caméras pourraient servir à cartographier des bases ou à observer des mouvements de troupes — transformant potentiellement ces véhicules en outils d’espionnage.
Le Canada doit « faire ses devoirs »
Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces d’automobile du Canada, appelle à la lucidité. Il estime que le gouvernement doit s’assurer que tout véhicule importé respecte un cadre réglementaire moderne en cybersécurité, harmonisé avec les États-Unis et l’Europe.
Sécurité automobile : priorité officielle
Transport Canada affirme que la sécurité demeure au cœur de ses préoccupations. Le ministère travaille avec des partenaires internationaux, notamment via la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe, afin d’élaborer des normes globales pour les technologies de conduite automatisée. Le ministère rappelle toutefois que l’écosystème des véhicules connectés constitue une cible attrayante pour les cyberattaques.
Les données personnelles sont-elles protégées?
Le ministère de l’Innovation précise que les entreprises étrangères opérant au Canada doivent se conformer à la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE / PIPEDA).
En théorie, cela signifie un consentement obligatoire pour la collecte de données, une limitation aux informations nécessaires et l’obligation de déclarer toute faille de sécurité. Ottawa prévoit aussi moderniser cette loi afin de mieux répondre aux risques d’une économie numérique.
Fenêtre stratégique pour Ottawa
Pour Takach, l’arrivée des premiers VÉ chinois pourrait servir de catalyseur pour renforcer les pratiques de cybersécurité et de protection de la vie privée dans l’ensemble de l’industrie.
Mais même avec des règles plus strictes, prévient-il, un risque résiduel subsistera toujours.
Conclusion
D’un point de vue automobile, cette controverse illustre surtout une réalité incontournable : la voiture est devenue un objet technologique connecté — donc un point d’entrée potentiel pour la collecte de données. Le débat dépasse largement la provenance chinoise. Tesla, les constructeurs européens et même nord-américains accumulent eux aussi des quantités massives d’informations. La vraie question pour les gouvernements n’est plus “si” les véhicules collectent des données, mais qui y a accès — et dans quel cadre légal.
À court terme, attendez-vous à voir la cybersécurité devenir un argument réglementaire aussi déterminant que la sécurité passive ou les émissions.
Avec des renseignements d’Automotive News
Le texte Les VÉ chinois peuvent-ils espionner le Canada? provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
Autres articles de Benoit Charette:
Merci à notre partenaire Benoit Charette pour sa contribution à Canada Motor Jobs





