Les fournisseurs automobiles sous pression par des faillites et des mises à pied
Les difficultés des fournisseurs automobiles s’intensifient en Amérique du Nord et en Europe. Plus de 60 000 emplois ont été supprimés en 2025, alors que l’industrie encaisse de plein fouet le ralentissement de la production de véhicules électriques (VÉ) et l’explosion des coûts liés aux tarifs douaniers.
Un nouvel indicateur tire la sonnette d’alarme
Ce constat provient du tout nouveau Supplier Distress Tracker d’Automotive News, un outil qui suit les avis de mises à pied, les insolvabilités et les faillites à partir de dépôts WARN, de documents judiciaires, de rapports médiatiques et de données fournies par CLEPA, l’association européenne des fournisseurs automobiles. « On observe clairement des tensions avec les pertes d’emplois », explique Stephanie Brinley, directrice associée chez S&P Global Mobility. « Les grands fournisseurs tiennent encore le coup, mais souvent au prix d’ajustements importants. »
Des compressions à toutes les échelles
Les annonces de mises à pied en 2025 vont de coupes massives chez des géants allemands comme Bosch et ZF Group à des réductions beaucoup plus modestes — parfois moins de dix employés — chez de petits fournisseurs. Parmi les causes évoquées, on note la faiblesse persistante du marché européen, les réductions de production de VÉ en Amérique du Nord, la hausse des coûts attribuable aux tarifs et à l’inflation et la volonté de rapprocher la fabrication des pièces des usines d’assemblage.
Une volatilité qui s’accumule depuis des années
« La chaîne d’approvisionnement est résiliente, mais elle encaisse une volatilité cumulative depuis plus de 12 mois — et même bien avant », souligne Lenny LaRocca, chef du secteur automobile américain chez KPMG. La pandémie de 2020, les fermetures d’usines, la pénurie mondiale de semi-conducteurs et l’inflation élevée ont fragilisé les finances des fournisseurs pendant une bonne partie de la décennie.
Le pari électrique qui tourne court
Durant cette période, de nombreux fournisseurs ont massivement investi dans les composants et technologies pour véhicules électriques, misant sur une croissance rapide des ventes pour amortir ces investissements coûteux. Or, depuis près de deux ans, les constructeurs réduisent leurs cibles de production de VÉ, laissant certains fournisseurs incapables de rentabiliser leurs mises. La situation s’est aggravée en 2025 après l’abolition, par l’administration Trump, du crédit d’impôt fédéral américain de 7 500 $ US pour l’achat de VÉ.
Les tarifs compliquent encore l’équation
Parallèlement, les nouveaux tarifs américains sur les véhicules, les pièces, les métaux et d’autres biens ont fait bondir les coûts de conformité commerciale. Les grands fournisseurs ont parfois réussi à refiler une partie de la facture aux constructeurs, mais les analystes doutent de la durabilité de cette stratégie. « Une bonne part de la rentabilité dépend désormais de ce qu’ils réussissent à récupérer auprès de leurs clients, alors que les coûts continuent d’augmenter et que les volumes VÉ ne suivent pas », résume LaRocca.
Tous les fournisseurs ne sont pas perdants
Cela dit, le portrait n’est pas uniformément sombre. Plusieurs grands fournisseurs nord-américains cotés en Bourse affichent des résultats meilleurs que prévu. Ceux qui ont adopté une approche plus prudente envers l’électrification ou qui ont rapidement accru leur production américaine exemptée de tarifs s’en sortent mieux. « Une stratégie plus équilibrée a clairement mieux performé que des investissements massifs et exclusifs dans le VÉ », note Brinley.
2026 : l’incertitude demeure
Les analystes s’attendent à ce que les pressions persistent l’an prochain, notamment en fonction de l’évolution des discussions commerciales entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. L’ACEUM (USMCA) doit être révisé en 2026. L’administration Trump a déjà évoqué un possible retrait, et même en cas de maintien, des changements majeurs sont anticipés.
Vers une consolidation accrue?
Selon LaRocca, ces dynamiques économiques pourraient accélérer la consolidation dans la chaîne d’approvisionnement. « À mesure que fournisseurs et constructeurs revoient leurs structures de coûts et rapatrient la production par l’onshoring ou le nearshoring, cette tendance va se poursuivre. » Automotive News prévoit mettre à jour périodiquement son Supplier Distress Tracker en 2026, au fur et à mesure que de nouvelles mises à pied, insolvabilités et faillites seront annoncées.
Avec des renseignements d’Automotive news
Le texte Les fournisseurs automobiles sous pression par des faillites et des mises à pied provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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