Les Canadiens retardent leur achat de VÉ
L’arrivée prochaine de véhicules électriques chinois au Canada pourrait déjà avoir un effet sur les décisions d’achat, avant même que plusieurs de ces modèles ne soient disponibles chez les concessionnaires.
Selon une nouvelle étude réalisée auprès de près de 2 800 Canadiens, plus de quatre personnes sur dix qui envisagent l’achat d’un véhicule électrique affirment que l’arrivée prochaine de modèles fabriqués en Chine pourrait les inciter à reporter leur achat cette année.
Le phénomène ajoute une nouvelle variable à un marché canadien des véhicules électriques qui tente de retrouver son élan après une année 2025 difficile.
Le prix demeure le principal obstacle
Le coût initial demeure de loin la principale préoccupation des consommateurs intéressés par un véhicule électrique. Dans l’étude menée par Abacus Data pour Clean Energy Canada, 72 % des répondants favorables à l’achat d’un VÉ se disent préoccupés par son prix.
L’accès à la recharge constitue le deuxième frein majeur, cité par 63 % des répondants.
Mais un troisième facteur commence maintenant à entrer dans l’équation : l’attente de nouveaux modèles.
Pas moins de 42 % des Canadiens qui envisagent un véhicule électrique affirment que la possibilité de voir arriver davantage de modèles chinois pourrait influencer leur décision d’achat.
Et cette attente pourrait être relativement courte.
BYD, Chery, Geely et Dongfeng arrivent
Le Canada a ouvert une nouvelle porte aux constructeurs chinois au début de 2026 en remplaçant sa surtaxe prohibitive sur les véhicules électriques fabriqués en Chine par un système de quotas.
Cette décision a rapidement attiré l’attention de plusieurs grands constructeurs chinois.
BYD, Chery, Geely et Dongfeng ont depuis entrepris des démarches pour établir une présence commerciale au Canada, notamment en recrutant des concessionnaires et en mettant en place des équipes locales.
Chery et Geely semblent actuellement les plus avancés et pourraient commencer à vendre leurs véhicules au Canada dans les prochains mois.
BYD et Dongfeng devraient suivre.
Pour les consommateurs, cette arrivée pourrait donc élargir considérablement le choix dans les segments des véhicules électriques abordables.
Une attente fondée sur de grandes espérances
L’idée d’attendre les constructeurs chinois est toutefois peut-être plus séduisante sur papier que dans la réalité.
Trevor Melanson, directeur des analyses et des communications chez Clean Energy Canada, estime que les nouveaux arrivants proposeront certainement des prix concurrentiels et certaines avancées technologiques intéressantes.
Mais il prévient que les consommateurs ne devraient pas nécessairement s’attendre à voir débarquer une voiture électrique révolutionnaire à prix cassé.
Certains acheteurs semblent attendre ce que l’on pourrait presque qualifier de « licorne automobile » : un VÉ très abordable, doté d’une excellente autonomie, d’une technologie de pointe et susceptible de bouleverser le marché dès son arrivée.
La réalité risque d’être un peu plus nuancée.
Les véhicules chinois devraient être compétitifs, mais les coûts d’importation, les normes canadiennes, les réseaux de concessionnaires, les pièces et le service après-vente pourraient limiter l’avantage de prix observé sur certains marchés asiatiques.
L’intérêt pour les VÉ progresse malgré tout
L’étude révèle néanmoins que l’intérêt des Canadiens pour l’électrification continue de progresser.
Les consommateurs sont maintenant presque divisés en deux camps lorsqu’on leur demande quel type de véhicule ils privilégieraient pour leur prochain achat.
52 % des répondants indiquent qu’ils achèteraient ou envisageraient davantage un véhicule à moteur à combustion interne.
À l’inverse, 48 % se disent favorables à l’achat d’un véhicule électrique ou envisagent cette option.
Cette proportion représente une hausse de trois points de pourcentage par rapport à une enquête comparable réalisée en avril.
Le problème se trouve toutefois dans le passage de l’intention à l’achat.
Les chiffres de ventes restent inférieurs à 2024
Les données de Statistique Canada montrent que les véhicules entièrement électriques et les hybrides rechargeables représentaient 10,8 % des nouvelles immatriculations canadiennes au premier semestre de 2026.
C’est mieux qu’en 2025, alors que cette proportion s’établissait à 8,6 %.
Mais le marché demeure sous son niveau de 2024, lorsque les VÉ et hybrides rechargeables représentaient 12,3 % des immatriculations.
Le retour des incitatifs fédéraux a donc permis de relancer une partie de la demande, mais pas suffisamment pour ramener le marché à son sommet précédent.
Les consommateurs attendent-ils le bon moment?
L’arrivée des marques chinoises pourrait ainsi créer un curieux effet d’attente.
Certains consommateurs qui auraient normalement acheté un véhicule électrique au cours des prochains mois pourraient décider de patienter afin de comparer les nouveaux venus avec les modèles déjà disponibles de Tesla, Hyundai, Kia, Volkswagen, Ford, Chevrolet et autres constructeurs établis.
Pour les fabricants chinois, cette situation constitue évidemment une occasion, mais aussi un défi.
Ils devront convaincre les consommateurs canadiens qu’un prix intéressant s’accompagne d’un réseau de service suffisamment développé, d’une bonne disponibilité des pièces, d’une autonomie adaptée à notre climat et d’une valeur de revente acceptable.
Au Québec et dans les autres régions où les hivers sont rigoureux, il faudra également démontrer que ces véhicules peuvent conserver une autonomie et une efficacité raisonnables par temps froid.
Le véritable test commencera chez les concessionnaires
L’arrivée de BYD, Chery, Geely et Dongfeng pourrait donc modifier le paysage du véhicule électrique canadien, mais il serait prématuré de conclure qu’une révolution des prix est imminente.
Les consommateurs ont raison de surveiller ces nouveaux modèles. Ils pourraient apporter davantage de choix, de nouvelles technologies et une pression bienvenue sur les prix.
Mais le véritable test commencera lorsque les véhicules seront réellement disponibles chez les concessionnaires canadiens, avec des prix en dollars canadiens, les équipements adaptés au marché d’ici, des garanties, des pièces et un réseau de service capable de répondre aux attentes.
Pour l’instant, le message envoyé par les consommateurs est néanmoins très clair : près de la moitié des Canadiens se montrent ouverts à l’électrique, mais plusieurs veulent voir ce que la concurrence chinoise leur réserve avant de signer un contrat.
Et dans un marché où le prix demeure le principal frein à l’achat d’un VÉ, les constructeurs déjà établis auraient intérêt à regarder attentivement ce qui se prépare.
Avec des renseignements d’Automotive News Canada
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