Mercedes Benz G 580 EQ
Il fallait oser. Prendre un véhicules aussi massifs, inutilement spectaculaire et lui coller une prise murale en espérant que ça passe pour un geste écologique. Ce véhicule est une contradiction sur roues. À la fois ultramoderne – avec ses quatre moteurs électriques à engrenages de réduction intégrés – et archaïque, puisqu’il repose toujours sur un châssis en échelle qui a 45 ans. Et pour ajouter l’insulte à l’injure, cette brique roulante se vend plus de 250 000 $. Un véhicule né pour les chemins forestiers qui se retrouvent aujourd’hui dans les quartiers de luxe.
Un symbole de l’absurbe
Le G580 EQ incarne tout ce que l’électrification devait justement corriger. Poids démesuré, ressources englouties pour fabriquer des batteries gigantesques, efficacité énergétique discutable et un prix qui frôle l’indécence. Au Canada, où l’hiver gruge l’autonomie et où l’infrastructure de recharge rapide reste inégale hors des grands centres, ces monstres branchés deviennent des choix douteux, sinon franchement irrationnels.
Gros dehors et petit en dedans
Malgré ses dimensions de cabane en bois rond, l’habitacle est étonnamment exigu. La première chose que les passagers remarquent, c’est l’espace pour les jambes à l’arrière : il est symbolique. Même avec le marche pied intégré, prendre place à bord demeure un exercice compliqué.
Sous le capot : rien. Absolument rien.
Pas de frunk, pas de moteur. Juste quatre moteurs à aimants permanents, capables de hurler jusqu’à 14 500 tr/min, chacun dédié à une seule roue. Résultat : un vectoriel de couple de niveau olympique. Puissance totale : 579 chevaux, couple : 859 lb-pi. Malgré 3 133 kg, le monstre catapulte le 0-100 km/h en 4,7 s. Il accélère comme un démon, puis à 180 km/h, son ordinateur bloque tout, c’est bien assez vite. Le G580 imite aussi les bruits de ses frères thermiques grâce au fameux « G-Roar ». Certains y entendent un AMG étouffé, d’autres un monstre marin de SeaWorld. Bonne nouvelle : tout ça peut être désactivé. Parce que quand on achète un VUS électrique, c’est souvent pour savourer le silence, pas pour entendre une orque virtuelle.
Tenue de route
Avec 124 kWh de batteries sous le plancher, le centre de gravité est étonnamment bas. Pas agile comme une gazelle, mais remarquablement serein pour un frigo de luxe. La direction reste cependant aléatoire et il faut constamment corriger sur la route. La suspension n’est plus un supplice. Jadis, le G roulait comme un camion vide. Aujourd’hui, grâce aux amortisseurs adaptatifs et à la rigidité structurelle de la batterie, le confort est… acceptable. Un compliment rarissime pour un Geländewagen.
Autonomie et recharge
La batterie de 124 kWh (116 kWh utilisables) promet 385 km selon Ressources naturelles Canada. En réalité : environ 280 km, soit 41,5 kWh/100 km. Et ces chiffres sont ceux que vous aurez l’été dans des conditions optimales. Notre essai s’est déroulé durant la période des fêtes où il a fait froid. Le matin à pleine charge l’autonomie était avant de prendre la route à 418 km. La réalité se situe à 247 km. De plus, sans av oir dépassé les 110 km/h sur l’autoroute, notre consommation moyenne pour la semaine s’est terminée à 49,2 kWh/100 km. Un résultat encore pire que le GMC Hummer ( 43,2 kWh/100 km). C’est le mieux que nous ayons obtenu. C’est comme un G63 AMG avec un réservoir de Mitsubishi Mirage qui prend plus de 30 minutes à remplir sur une charge rapide. Cette recharge rapide est à 207 kW en pointe, mais il faut quand même plus de 30 minutes pour récupérer 70 % de charge. Autrement dit, le G580 n’est pas près de gagner un Cannonball Run.
Les gadgets inutiles mais amusants
Les célèbres « G-Turn » permettent de faire tourner le VUS sur lui-même comme une toupie. Officiellement pour l’off-road, officieusement pour faire des vidéos virales. Plus utile : le « G-Steer », qui freine une roue arrière pour réduire le rayon de braquage. Pas essentiel, mais au moins ça évite de se sentir idiot.
Verdict
Le G580 est à l’automobile ce qu’un sac Hermès est à la mode : vaguement pratique, mais surtout un objet pour afficher sa fortune. Comme véhicule unique, il est totalement illogique. Comme jouet pour un garage de dix voitures ? Indispensable.
Forces
Le G-Wagen le plus agréable à conduire
Caractère et présence démesurés
Véritables capacités hors route
Faiblesses
Autonomie ridicule pour le prix
Tarif digne d’un chalet cinq étoiles dans les Laurentides
Plus c’est gros dehors, plus c’est petit dedans
Le texte Mercedes Benz G 580 EQ provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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