L’usine Stellantis de Brampton pourrait fabriquer des véhicules électriques chinois
Le groupe Stellantis explore actuellement la possibilité de produire des véhicules électriques au Canada en collaboration avec son partenaire chinois Zhejiang Leapmotor Technology. Encore à un stade préliminaire, ces discussions témoignent d’un basculement majeur de l’industrie automobile mondiale, alors que le Canada ouvre progressivement ses portes aux acteurs du plus grand marché automobile de la planète : la Chine. Si le projet se concrétise, il s’agirait du premier investissement d’envergure d’un constructeur chinois au pays depuis l’entente conclue en janvier entre le premier ministre Mark Carney et le président Xi Jinping visant à alléger certains tarifs sur les VZE chinois.
L’usine de Brampton au cœur des discussions
Les négociations portent sur l’usine d’assemblage de Brampton, propriété de Stellantis, actuellement à l’arrêt. Ce site, qui emploie environ 3 000 travailleurs syndiqués, devait initialement accueillir la production d’un nouveau VUS Jeep. Mais ces plans ont été abandonnés après l’imposition de tarifs américains sur les véhicules importés, poussant Stellantis à relocaliser la production aux États-Unis. Une décision qui avait provoqué de vives tensions avec Ottawa, le gouvernement menaçant de récupérer des subventions publiques accordées au constructeur.
Leapmotor : un partenaire stratégique en pleine expansion
Stellantis a acquis une participation de 20 % dans Leapmotor en 2023, avant de créer une coentreprise internationale un an plus tard pour accélérer la production et la commercialisation de véhicules électriques à l’échelle mondiale. Le duo prévoit déjà produire des VUS électriques en Espagne, ainsi qu’étendre ses activités au Brésil et en Malaisie. Dans plusieurs cas, la stratégie repose sur des “kits CKD” (assemblage local de véhicules partiellement fabriqués en Chine), une approche qui pourrait aussi être envisagée au Canada.
Un contexte géopolitique explosif
Ce projet potentiel ne peut être dissocié des tensions commerciales croissantes entre les États-Unis et leurs partenaires. Les politiques tarifaires de Donald Trump ont profondément perturbé l’intégration historique de l’industrie automobile nord-américaine. Washington voit d’un très mauvais œil toute tentative d’utiliser le Canada comme porte d’entrée pour les véhicules chinois vers le marché américain. Des menaces de tarifs allant jusqu’à 100 % sur les produits canadiens ont même été évoquées. L’ambiguïté demeure également quant à la possibilité pour des véhicules d’origine chinoise assemblés au Canada de franchir la frontière américaine, surtout dans un contexte de restrictions visant les technologies embarquées.
Ottawa joue l’équilibre : ouverture et prudence
La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, se montre ouverte à l’idée d’une production conjointe Canada-Chine, à condition qu’elle respecte certains critères comme l’intégration de pièces et logiciels canadiens, le maintien des standards de travail locaux et la protection des données et des systèmes embarqués. L’objectif est clair : attirer des investissements étrangers sans compromettre la souveraineté industrielle ni la sécurité.
Réactions mitigées et incertitudes
Sur le terrain, syndicats et fournisseurs observent la situation avec prudence. L’arrivée d’un constructeur chinois pourrait bouleverser l’écosystème local, déjà fragilisé. Du côté de Stellantis, la porte reste grande ouverte. Sa porte-parole, LouAnn Gosselin, insiste sur le fait que toutes les options sont encore à l’étude, avec un objectif central : assurer une présence durable au Canada.
Conclusion
D’un point de vue stratégique, ce projet est fascinant. Stellantis cherche clairement à réduire ses coûts en s’appuyant sur l’expertise et la compétitivité chinoise en matière de véhicules électriques. Mais le risque politique est énorme. Le Canada pourrait se retrouver coincé entre deux blocs : une Chine incontournable technologiquement et un partenaire américain hypersensible à toute intrusion industrielle. À court terme, Brampton pourrait redevenir un symbole… mais de la mondialisation automobile version 2.0, où les alliances priment sur les frontières.
Avec des renseignements de Bloomberg
Le texte L’usine Stellantis de Brampton pourrait fabriquer des véhicules électriques chinois provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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