Moins de plateforme et plus de modèles chez Nissan pour sortir de la crise
Depuis près de dix ans, Nissan Motor Company a donné l’impression de naviguer à vue. Gamme trop large, produits peu inspirants et instabilité au sommet depuis la chute de Carlos Ghosn en 2019 : le constructeur japonais a clairement perdu son élan. Aujourd’hui, le discours change. Sous la direction d’Ivan Espinosa, en poste depuis un an, Nissan veut tourner la page et retrouver sa pertinence — autant pour la marque principale que pour sa division de luxe Infiniti.
Rationalisation : moins de modèles, plus d’efficacité
Le plan est simple, presque brutal : réduire la complexité pour retrouver la rentabilité. Nissan prévoit éliminer 16 modèles peu performants et passer de huit à seulement trois plateformes globales. Une stratégie loin d’être révolutionnaire — plusieurs constructeurs ont déjà emprunté cette voie — mais essentielle pour un constructeur en rattrapage. L’objectif est clair : réduire les coûts, accélérer le développement et améliorer la cohérence de la gamme.
L’e-POWER : l’arme secrète pour le Canada
Le véritable pivot technologique, c’est l’hybride e-POWER, attendu notamment dans le Nissan Rogue 2027. Contrairement aux hybrides traditionnels, ce système fonctionne comme un véhicule électrique à autonomie prolongée. Les roues sont entraînées uniquement par un moteur électrique. Le moteur à essence agit comme générateur pour recharger la batterie. Résultat : une conduite typée électrique (silence, couple instantané), sans les contraintes de recharge. Une formule particulièrement pertinente pour le marché canadien, encore en transition. Déjà éprouvée au Japon et en Europe (notamment sur le Qashqai), cette technologie de troisième génération pourrait devenir un avantage concurrentiel majeur si Nissan l’exploite pleinement.
Infiniti : une renaissance sous conditions
Le cas d’Infiniti est plus délicat. La marque paie encore le prix de décisions coûteuses, notamment le développement de plateformes indépendantes. Le virage est donc radical : Infiniti partagera désormais les architectures de Nissan, réduisant considérablement les coûts. À la clé : un nouveau modèle par année. Parmi les produits attendus :
- Une berline sportive Q50 à moteur V6 biturbo de 400 chevaux avec le moteur de la Nissan Z
- Un VUS intermédiaire dérivé du Rogue e-POWER
- De futurs utilitaires inspirés du prochain Nissan Xterra
Une stratégie logique, mais qui devra préserver l’identité premium — un équilibre rarement facile.
Retour aux sources : produits emblématiques et passion retrouvée
Autre signal encourageant : le retour de modèles iconiques comme la Nissan Skyline en Amérique du Nord et le modèle Xterra qui revient en 2028. Plus encore, la culture interne semble évoluer. Le leadership d’un « passionné d’automobile » marque une rupture avec une gestion trop axée sur les chiffres, souvent critiquée dans le passé.
Et les véhicules électriques chinois ?
Face à l’arrivée potentielle de véhicules électriques chinois au Canada, Nissan reste prudent mais ouvert. Grâce à son partenariat avec Dongfeng, le constructeur dispose déjà de modèles électriques prêts pour le marché chinois. Une éventuelle production locale ou importation au Canada n’est pas exclue — à condition que la rentabilité soit au rendez-vous.
Conclusion
Nissan ne réinvente rien — et c’est précisément ce qui rend cette stratégie crédible. Le constructeur corrige ses erreurs : trop de modèles, pas assez de synergies, une électrification mal exploitée. Le véritable test sera l’exécution. L’e-POWER est une excellente technologie, probablement sous-utilisée jusqu’ici. Si Nissan réussit à la déployer rapidement et à grande échelle, il peut redevenir un joueur sérieux, notamment face à Toyota sur l’hybride. Quant à Infiniti, la survie passera par une discipline produit sans faille. Le luxe ne pardonne pas l’improvisation.
Le texte Moins de plateforme et plus de modèles chez Nissan pour sortir de la crise provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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