Ottawa veut échanger des sous-marins contre des usines d’auto
Le gouvernement fédéral fait face à une pente très abrupte dans sa tentative d’obtenir des investissements automobiles de Hyundai et de Volkswagen en marge de ses négociations avec la Corée du Sud et l’Allemagne pour l’achat de nouveaux sous-marins. Ce mégacontrat militaire, évalué à plus de 60 milliards de dollars pour jusqu’à 12 submersibles destinés à la Marine royale canadienne, donne un certain levier à Ottawa. Mais la guerre tarifaire, l’instabilité du commerce nord-américain et la surcapacité des usines d’assemblage chez les deux groupes rendent les résultats à court terme peu probables.
Hyundai et Volkswagen dans la mire d’Ottawa
En août 2025, le Canada a présélectionné Hanwha Ocean (Corée du Sud) et ThyssenKrupp Marine Systems (Allemagne) comme finalistes pour ce contrat stratégique. Officiellement, Ottawa exige surtout des retombées industrielles en défense. Mais selon la presse coréenne, le gouvernement chercherait aussi à convertir ce contrat naval en investissements automobiles locaux. Sur un balado très suivi en Corée, Kang Hoon-sik, chef de cabinet du président Lee Jae-myung, a affirmé que des représentants canadiens ont pressé Séoul de favoriser des engagements industriels de Hyundai, tout en faisant une démarche similaire auprès de Berlin pour Volkswagen. Innovation, Sciences et Développement économique Canada n’a pas commenté directement ces propos, mais a rappelé que chaque dollar investi en défense doit aussi soutenir l’économie canadienne.
Hyundai : quatrième vendeur au Canada… sans usine locale
Hyundai Motor Group — qui regroupe Hyundai, Kia et Genesis — ne fabrique aucun véhicule au Canada. Le groupe produit en Amérique du Nord dans trois usines américaines et une au Mexique. En 2025, ses trois marques ont vendu 249 028 véhicules au pays, ce qui en fait le quatrième constructeur en importance au Canada, et de loin le plus gros sans chaîne d’assemblage locale. Hyundai et Genesis ont écoulé 154 406 unités, tandis que Kia en a livré 94 622. Le PDG de Hyundai Auto Canada, Steve Flamand, reconnaît l’existence de discussions avec Ottawa, mais tempère les attentes. Selon lui, l’usine électrique Metaplant de la marque en Géorgie, ouverte en mars 2025, dispose encore d’une importante capacité inutilisée. En clair : Hyundai n’a pas besoin d’une nouvelle usine nord-américaine pour le moment.
Doug Ford hausse le ton
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ajoute lui aussi de la pression. Le 8 janvier à Toronto, il a interpellé publiquement Hyundai et Kia en affirmant que leurs ventes justifient clairement une production locale. Cinq constructeurs assemblent déjà des véhicules en Ontario, et Queen’s Park multiplie les démarches pour attirer de nouveaux investissements, particulièrement dans la chaîne d’approvisionnement des VÉ.
Volkswagen : batteries oui, voitures non
Volkswagen Group a déjà investi massivement au Canada avec son usine de cellules de batteries PowerCo à St. Thomas, un projet de 7 milliards de dollars lancé en 2023. Mais le groupe ne produit toujours aucun véhicule au pays. En 2025, VW a vendu 121 931 véhicules au Canada, sans compter Porsche. Ses usines nord-américaines tournent surtout au Mexique et aux États-Unis, avec une nouvelle usine Scout en construction en Caroline du Sud. Le porte-parole de VW Canada, Thomas Tetzlaff, refuse pour l’instant de commenter tout lien entre les discussions Ottawa–Berlin et une éventuelle implication de Volkswagen.
Surcapacité et incertitude commerciale : le vrai mur
Pour Sam Fiorani, vice-président chez AutoForecast Solutions, la clé demeure l’avenir de l’ACEUM (USMCA). Tant que le cadre commercial nord-américain n’est pas stabilisé, tout investissement majeur au Canada reste gelé. Hyundai et Volkswagen exploitent déjà leurs usines nord-américaines entre 70 % et 80 % de leur capacité. Fiorani prévoit qu’en 2030, Hyundai utilisera environ 80 % de sa capacité régionale, tandis que Volkswagen grimpera autour de 86 %. Bref, il y a encore du jeu avant de justifier une nouvelle usine canadienne.
Une stratégie audacieuse, mais pas impossible
Selon Brendan Sweeney, du Trillium Network of Advanced Manufacturing, la manœuvre d’Ottawa n’est pas absurde. En Corée du Sud notamment, les grands conglomérats sont souvent beaucoup plus alignés sur les priorités nationales, ce qui pourrait rendre l’approche canadienne plus efficace. Comme les chantiers navals canadiens sont déjà très occupés, miser sur des retombées automobiles plutôt que strictement militaires pourrait devenir une façon réaliste de maximiser les bénéfices industriels du contrat de sous-marins.
Avec des renseignements d’Automotive News Canada
Le texte Ottawa veut échanger des sous-marins contre des usines d’auto provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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