Pirelli menacée d’éviction du marché américain à cause de la Chine
Votre marque italienne de pneus préférée pourrait bientôt se retrouver persona non grata aux États-Unis. En coulisses, le gouvernement italien travaille pour forcer le géant chimique chinois Sinochem, principal actionnaire de Pirelli, à réduire — voire à vendre — sa participation dans l’entreprise. Sans cette manœuvre, le manufacturier milanais risque ni plus ni moins de perdre l’accès au marché américain, qui représente environ 20 % de ses revenus et une part encore plus importante de ses profits.
Quand un pneu devient une « technologie chinoise »
Depuis janvier dernier, Washington interdit l’utilisation de technologies automobiles connectées provenant d’entreprises chinoises ou russes dans les véhicules vendus aux États-Unis. Et l’étau se resserre. Le problème? Les pneus CyberTyre de Pirelli. Ces pneus haut de gamme intègrent des capteurs de pression et de température capables de communiquer avec le véhicule. Aux yeux du Department of Commerce, ce sont désormais des composants de « voiture connectée ». Résultat : en avril, le gouvernement américain a prévenu Pirelli que ses CyberTyre tomberaient vraisemblablement sous le coup de l’interdiction. Tout constructeur désirant utiliser ces pneus devra donc demander une autorisation spéciale, un processus lourd qui pourrait pousser plusieurs marques à choisir un concurrent plutôt que Pirelli.
Sinochem dans la mire
Le cœur du problème demeure la structure de l’actionnariat. Sinochem détient un peu plus du tiers de Pirelli et en contrôle la direction depuis 2015. Selon le Financial Times, des pressions américaines sont exercées sur Rome afin de limiter l’influence chinoise au sein du groupe. Depuis 2023, l’Italie cherche des solutions. Parmi les scénarios proposés à Sinochem : réduire sa participation ou se retirer complètement. Le groupe chinois a même engagé un conseiller pour étudier une éventuelle vente, signe que la situation devient sérieuse.
Les « golden powers » à la rescousse
Si aucun compromis n’est trouvé, le gouvernement italien pourrait utiliser ses fameux « golden powers », des pouvoirs spéciaux permettant de protéger les entreprises jugées stratégiques. Concrètement, Rome pourrait suspendre les droits de vote de Sinochem chez Pirelli, une option déjà envisagée après que le conseil d’administration a récemment réduit l’emprise du groupe chinois. Le PDG de Pirelli, Andrea Casaluci, résumait bien l’enjeu l’an dernier : sans solution, le développement des technologies clés — dont les CyberTyre — serait compromis, mettant en péril la croissance future du manufacturier, en Italie comme ailleurs.
Avec des renseignements du Financial Times
Le texte Pirelli menacée d’éviction du marché américain à cause de la Chine provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile
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