Volvo abandonne ses prévisions pour 2026
Volvo Cars vient de lancer un nouvel avertissement aux investisseurs. Le constructeur suédois a abandonné ses prévisions de ventes et de flux de trésorerie pour 2026 après un troisième trimestre marqué par une importante détérioration de ses activités en Chine et une reprise américaine moins vigoureuse que prévu.
Les ventes mondiales ont reculé de 10,7 % au troisième trimestre, malgré une demande toujours solide pour les véhicules entièrement électriques. La situation est particulièrement difficile en Chine, où les ventes de Volvo ont chuté de plus de 40 %.
Le constructeur prévient également que ses bénéfices d’exploitation du troisième trimestre subiront un impact négatif « important ».
Volvo ne croit plus à ses objectifs de 2026
Volvo a annoncé le 2 octobre qu’il ne serait pas en mesure d’atteindre ses précédentes cibles de volume de ventes et de flux de trésorerie pour l’ensemble de 2026.
Plutôt que de remplacer ces prévisions par de nouveaux objectifs à court terme, la direction préfère désormais s’abstenir de donner des indications précises, invoquant une incertitude accrue sur les marchés.
Cette décision constitue un nouveau recul pour Volvo, qui espérait encore récemment profiter d’une amélioration de la demande en Europe et aux États-Unis au cours de la deuxième moitié de l’année.
L’annonce a immédiatement fait réagir les investisseurs. L’action Volvo a plongé de jusqu’à 7,8 % à la Bourse de Stockholm, sa plus forte baisse en séance depuis juillet. Depuis le début de l’année, le titre a perdu plus de 50 % de sa valeur.
La Chine demeure le principal problème
Le marché chinois représente actuellement le plus gros casse-tête pour Volvo.
Au troisième trimestre, les ventes dans la région de la Grande Chine ont dégringolé de plus de 40 %. Cette baisse survient dans un marché devenu extrêmement concurrentiel, où les constructeurs chinois occupent une place de plus en plus importante, particulièrement dans le domaine des véhicules électriques.
Volvo doit également composer avec la pression exercée par les marques chinoises sur les prix, alors que son positionnement haut de gamme devient plus difficile à défendre.
La situation est d’autant plus délicate que Volvo est contrôlé par le groupe chinois Geely, ce qui lui permet certes de partager certaines ressources et technologies, mais l’expose également directement aux bouleversements du marché chinois.
Les États-Unis ne redémarrent pas aussi rapidement
L’Amérique du Nord n’a pas non plus livré les résultats espérés.
Les ventes de Volvo ont reculé de 14 % dans les Amériques au troisième trimestre. Le constructeur comptait pourtant sur une reprise du marché américain pour compenser en partie ses difficultés en Chine.
Les droits de douane américains et l’incertitude entourant le commerce international ajoutent une couche de complexité à l’équation.
Pour Volvo, qui tente de réduire ses coûts tout en renouvelant sa gamme, cette combinaison de faibles volumes et de pressions sur les marges est particulièrement préoccupante.
L’Europe demeure le point positif
L’Europe offre toutefois une note plus encourageante.
Les ventes y ont progressé de 2 % au troisième trimestre, une performance qui contraste fortement avec celles de la Chine et des Amériques.
Volvo souligne également que la demande pour ses véhicules entièrement électriques demeure solide. Cette croissance ne suffit toutefois pas à compenser les pertes enregistrées sur les autres marchés.
La stratégie d’électrification du constructeur demeure donc intacte, mais la question de la rentabilité de cette transition devient de plus en plus importante.
Un changement de stratégie sous la pression
Cet avertissement survient seulement deux semaines après le départ de Håkan Samuelsson, qui avait présenté les grandes lignes d’une nouvelle stratégie destinée à améliorer la rentabilité de Volvo.
Son successeur, Klaus Zellmer, ancien patron de Skoda, devra notamment mettre en œuvre une stratégie davantage adaptée aux réalités régionales.
Volvo prévoit développer des modèles mieux adaptés aux différents marchés et renforcer sa collaboration avec Geely. Le constructeur entend notamment partager davantage de composants et d’installations de production avec ses partenaires afin de réduire ses coûts.
Cette approche vise à permettre à Volvo de mieux réagir à la concurrence chinoise, aux tarifs douaniers américains et à une demande mondiale moins prévisible.
Gel des embauches et réduction des dépenses
Les mesures de réduction des coûts ont déjà commencé.
Volvo a instauré un gel mondial des embauches pour les postes administratifs et adopté une approche plus restrictive à l’égard des dépenses externes.
Le recrutement interne est également temporairement suspendu pendant que l’entreprise réévalue ses politiques concernant le développement des talents, les possibilités de carrière et la rotation des employés.
Ces mesures montrent que la direction ne considère plus le ralentissement actuel comme un simple passage à vide.
Volvo n’a plus d’objectif de marge à court terme
Volvo n’a pas fourni de prévision précise concernant son bénéfice d’exploitation depuis avril 2025.
À cette époque, le constructeur avait abandonné son objectif d’une marge EBIT de 7 à 8 % pour 2025 et 2026.
L’entreprise vise maintenant, à plus long terme, une marge EBIT supérieure à 8 %. Le problème est que l’environnement actuel rend cet objectif beaucoup plus difficile à atteindre.
Volvo doit donc simultanément augmenter ses volumes, réduire ses coûts, accélérer son électrification et protéger ses marges. Un exercice d’équilibriste dans un marché où la concurrence ne cesse de s’intensifier.
Volvo n’est pas seul
Les difficultés de Volvo s’inscrivent dans une tendance plus large qui touche plusieurs constructeurs européens.
BMW a déjà réduit ses prévisions de rentabilité pour 2026 en raison notamment de la faiblesse de la demande en Chine. Le constructeur allemand prévoit désormais une marge opérationnelle de sa division automobile comprise entre 1 et 3 %, comparativement à une prévision pouvant atteindre 6 % auparavant.
Du côté de Volkswagen Group, un nouvel avertissement sur les bénéfices a également été lancé en septembre. Le groupe a notamment annoncé une dépréciation de près de 6 milliards d’euros, soit environ 9,5 milliards de dollars canadiens, liée à sa participation de 75 % dans Porsche.
Le géant allemand vient parallèlement d’entreprendre une restructuration majeure accompagnée de milliers de suppressions de postes.
Une période difficile pour les constructeurs européens
Le cas de Volvo illustre une transformation beaucoup plus profonde de l’industrie automobile.
Les constructeurs européens doivent maintenant composer avec trois fronts simultanément : la concurrence féroce des marques chinoises, les droits de douane et les tensions commerciales aux États-Unis, ainsi qu’une transition vers l’électrique qui exige d’importants investissements.
Volvo avait misé sur une croissance soutenue de ses véhicules électriques pour accompagner sa transformation. Or, même une bonne demande pour les modèles électriques ne suffit plus lorsque certains des principaux marchés mondiaux ralentissent brutalement.
Le constructeur doit maintenant présenter ses prochaines mesures lors de la publication complète de ses résultats financiers, prévue le 23 octobre.
Ce sera probablement le premier véritable test de la nouvelle stratégie de Volvo. Et pour le constructeur suédois, il ne s’agira plus simplement de vendre davantage de voitures, mais de démontrer qu’il peut encore le faire avec une marge bénéficiaire acceptable.
Avec des renseignements d’Automotive News
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