Les tarifs font chuter les ventes de véhicules fabriqués aux États-Unis au Canada
Les tarifs douaniers sont en train de modifier profondément la géographie de l’automobile au Canada. Les véhicules assemblés aux États-Unis ne représentaient plus que 28,4 % des ventes de véhicules neufs au Canada au premier semestre de 2026, contre 35,4 % un an plus tôt, selon les données de J.D. Power Canada. Il s’agit d’un recul de sept points de pourcentage en seulement un an. Entre 2021 et le premier trimestre de 2025, la part des véhicules fabriqués aux États-Unis se situait pourtant autour de 40 % du marché canadien. Le phénomène ne touche d’ailleurs pas uniquement les constructeurs américains. Plusieurs marques japonaises, coréennes et européennes fabriquent également certains de leurs modèles aux États-Unis. Ce sont donc surtout les lieux de production et les chaînes d’approvisionnement, plutôt que l’origine de la marque, qui sont affectés.
Les constructeurs changent leur stratégie d’approvisionnement
Robert Karwel, directeur d’OEM Solutions chez J.D. Power Canada, estime que les ventes de véhicules fabriqués aux États-Unis ont été durement frappées depuis l’entrée en vigueur des tarifs. Selon lui, le recul s’explique principalement par le fait que les constructeurs cherchent à approvisionner le marché canadien à partir d’usines moins exposées aux droits de douane. La situation découle notamment de la décision américaine d’imposer des tarifs de 25 % sur les véhicules canadiens en avril 2025. Le Canada a répliqué avec des droits de 25 % sur certains véhicules américains. Le gouvernement canadien maintient actuellement ces mesures sur les véhicules américains qui ne bénéficient pas du traitement préférentiel prévu par l’ACEUM, ainsi que sur certains contenus non canadiens et non mexicains de véhicules admissibles. Le résultat est particulièrement visible dans les catalogues canadiens. Subaru a pratiquement déplacé toute sa production destinée au Canada des États-Unis vers le Japon, alors que Hyundai mise davantage sur ses installations au Mexique et en Corée du Sud. Mazda et Nissan ont également réduit la disponibilité de certains modèles fabriqués aux États-Unis. Cette réorganisation n’est toutefois pas gratuite. Transporter des véhicules depuis le Japon ou la Corée plutôt que depuis une usine américaine augmente les distances logistiques et peut ajouter des coûts importants.
Le Mexique se rapproche des États-Unis
Le principal gagnant de cette redistribution de la production est actuellement le Mexique. Au premier semestre de 2026, les véhicules assemblés au Mexique représentaient 22,2 % des ventes de véhicules neufs au Canada, contre 18,3 % durant la même période en 2025. Cinq ans plus tôt, leur part n’était que de 13,7 %. Le Mexique profite de coûts de production généralement plus faibles et de son intégration à l’ACEUM. Tant que les tarifs sur les véhicules fabriqués aux États-Unis demeureront en vigueur, J.D. Power estime que le Mexique pourrait continuer à accroître sa présence sur le marché canadien. Selon Robert Karwel, le Mexique pourrait même rivaliser avec les États-Unis pour le premier rang des pays d’origine des véhicules vendus au Canada dès 2027, si la situation tarifaire actuelle se maintient.
Le Japon reprend aussi du terrain
Le Japon bénéficie également du déplacement des sources d’approvisionnement. Les véhicules assemblés au Japon représentaient 16,6 % des ventes canadiennes au premier semestre de 2026, comparativement à 13,7 % un an auparavant. La Corée du Sud progresse elle aussi, avec une part de 15,6 %, soit environ un point de pourcentage de plus qu’au premier semestre de 2025. La part des véhicules provenant d’Europe est demeurée relativement stable. Le portrait du marché canadien commence donc à changer rapidement : les États-Unis perdent du terrain tandis que le Mexique, le Japon et la Corée du Sud deviennent des sources de plus en plus importantes.
Même la production canadienne recule
Ironiquement, la diminution des véhicules américains ne s’est pas traduite par une augmentation de la part des véhicules assemblés au Canada. Au premier semestre de 2026, les véhicules fabriqués au Canada représentaient 11,5 % des ventes canadiennes, contre 12,6 % un an plus tôt. J.D. Power attribue notamment cette évolution aux changements de modèles et à la réduction de la production dans certaines usines. Le programme canadien de remise des droits de douane joue également un rôle. Ottawa accorde certains allégements tarifaires aux constructeurs qui maintiennent leurs activités de production au Canada. Ford, General Motors, Honda, Stellantis et Toyota bénéficient ainsi d’une marge de manœuvre supérieure pour gérer leur gamme de véhicules destinée au marché canadien.
Une différence majeure selon les constructeurs
La différence est particulièrement frappante lorsqu’on compare les constructeurs qui assemblent des véhicules au Canada avec ceux qui n’y possèdent aucune usine. Chez Ford, GM, Honda, Stellantis et Toyota, les véhicules fabriqués aux États-Unis représentaient 45,2 % de leurs ventes canadiennes au premier semestre de 2026. C’est tout de même une baisse de 3,1 points par rapport à l’année précédente, mais elle demeure relativement limitée compte tenu de l’ampleur du conflit tarifaire. Chez les constructeurs sans usine d’assemblage au Canada, la situation est radicalement différente. La proportion de leurs ventes canadiennes provenant de véhicules fabriqués aux États-Unis est passée de 17,7 % à seulement 4,9 % en un an. Autrement dit, les constructeurs qui disposent d’une présence industrielle au Canada disposent de davantage de possibilités pour composer avec les tarifs.
Une guerre commerciale qui redessine le marché
Pour Lucas Malinowski, président et chef de la direction de Global Automakers of Canada, les constructeurs peuvent chercher d’autres sources de production, mais cette solution comporte nécessairement des coûts supplémentaires. L’industrie automobile nord-américaine fonctionne depuis des décennies sur une chaîne d’approvisionnement extrêmement intégrée. Déplacer la production d’un véhicule des États-Unis vers le Japon, par exemple, ne consiste pas simplement à changer l’adresse inscrite sur la fiche technique : il faut réorganiser la logistique, les volumes, les stocks et parfois même les versions offertes dans chaque marché. La situation demeure particulièrement incertaine alors que les discussions commerciales entre Ottawa et Washington ont achoppé en août. À la fin août, le président américain Donald Trump avait également menacé d’imposer une taxe de 50 % sur les véhicules et pièces automobiles provenant du Canada à compter du 1er janvier 2027. Le gouvernement canadien continue pour sa part d’appliquer ses propres mesures tarifaires sur les automobiles américaines.
Le risque d’une nouvelle réalité automobile
La grande question est maintenant de savoir si ces changements d’approvisionnement seront temporaires ou s’ils deviendront permanents. Les constructeurs pourraient théoriquement rapatrier une partie de leur production vers les États-Unis si les barrières commerciales disparaissaient. Mais après avoir investi dans de nouvelles chaînes logistiques et déplacé des volumes vers le Mexique, le Japon ou la Corée du Sud, ils pourraient hésiter à revenir immédiatement à leur configuration précédente. Le résultat est donc paradoxal. Une politique destinée à favoriser la production automobile nord-américaine pourrait, du moins à court terme, inciter les constructeurs à approvisionner le Canada depuis des pays autres que les États-Unis. Et pour les consommateurs québécois et canadiens, cela pourrait avoir une conséquence très concrète : certains modèles qui étaient autrefois produits à quelques heures de route pourraient maintenant parcourir des milliers de kilomètres avant d’arriver chez le concessionnaire.
Avec des renseignements d’Automotive News
Le texte Les tarifs font chuter les ventes de véhicules fabriqués aux États-Unis au Canada provient de L’annuel de l’automobile – Actualité automobile




